Tout commence un 26 septembre de l’an 2018

C’est le grand jour, le fameux jour et encore une fois nous sommes un certain mois de septembre.

Septembre rythmait ma vie, rythme ma vie et rythmera ma vie, faut croire. Septembre : fête de la Saint Michel (mon père), anniversaire de mon père (le 14), décès de mon père (le 21), mon mariage avec Vincent (le 21), demande de divorce du même Vincent (le 21, 6 ans après). Septembre le 26 j’entre en clinique psychiatrique, à ma demande, en hospitalisation libre comme ils aiment à dire. Septembre : le mois de la rentrée scolaire qui rythme ma vie professionnelle depuis 17 ans maintenant, mais 22 ans en tant que maman de 5 enfants.

7h30 : Pink me réveille aux notes musicales dont je ne me lasse pas. J’ouvre les yeux, je dois me lever mais je ne veux pas, j’ose pas. Il va me falloir affronter pourtant. Je laisse sonner quelques rappels puis tel un automate, je me lève, constate que je me suis endormie avec un gilet, et j’ai chaud. Se tirer de ce lit dans lequel nous avons tant partagé d’émotions, d’échanges, de câlins, d’abandon de soi. Ce lit marital qui m’est étranger. Je le quitte et une seule idée : prendre un café, allumer une clope et se connecter pour espérer un message de lui, mais rien, RIEN.

Comment peut-on être aussi insensible ? Comment peut-on être dans l’ignorance de celle que l’on a épousée et que l’on décide de quitter un certain 10 septembre par texto ?

STOP, ne pas penser à lui, à ce chaos mais à préparer mon départ. Les larmes coulent, je ne peux les arrêter, je ne leur trouve pas de cause, mais elles sont là, dégoulinent le long de mon visage creusé par manque de nourriture, ce visage creusé par le chagrin, le choc.

Il est temps de finir ma valise, mes affaires de toilettes, ranger toute la maison et regarder Lilou, mon Jack Russel, qui sent que quelque chose ne tourne pas rond. Marylène est là, elle est en charge de m’accompagner à la clinique, alors que la veille elle se faisait opérer du tendon de la main.

Comment la remercier, comment cacher la honte qui m’envahit ?

Je me prépare machinalement, tel un automate, préviens que le moment est venu de partir. Mes lèvres se pincent, mes yeux s’embuent, mes jambes fléchissent. Je ne peux marcher.

Où vais-je ? Pourquoi ? Fuite ? Lacheté ? Inconscience ? Courage ? Suis-je vraiment récupérable ? Suis-je prête ? Ne pas se poser de questions et y aller.

Dans la voiture, les larmes reviennent, les sanglots s’étouffent, mon coeur est serré. Mon téléphone me sert à envoyer les derniers sms pour remercier ceux qui m’ont aidée durant ces quinze jours, leur dire que je craque, que je suis une criminelle qui part se faire enfermée. Criminelle J’ai honte, j’ai peur, l’inconnu m’angoisse. Est-ce cela qui m’a toujours empêchée de changer mes habitudes ?

10h30 : j’y suis, je sanglote, je ne peux reculer… les larmes reviennent. On m’installe, on me fait visiter mon nouveau domicile pour quelques semaines. Chambre double où je serais seule avec vue sur le jardin.

Ranger ses affaires, être heureuse de la salle de sport où je peux aller chaque jour. Griller quelques cigarettes dans le jardin avec ma fille, prendre une photo, l’envoyer aux amis et se dire que ça y est : j’y suis.

Croiser des gens qui errent. Vais-je devenir ainsi ? Non, je ne veux pas de ça, je veux comprendre pourquoi ma vie n’est qu’une succession d’échecs, pourquoi Vincent me traite ainsi et met 5 ans de mariage à la poubelle.

Pourquoi je ne vais jamais jusqu’au bout ? Pourquoi je ne réussis rien ? Le repas de midi ne sera pas terrible mais je mangerai les concombres, un morceau de viande.

Je m’endors, me réveille vers 15 heures, j’ai froid. Tout va aller vite : inventaire, entretien avec le psychiatre, suppression du téléphone et retourner dans sa chambre.

Je dois prendre confiance en moi, cesser de culpabiliser, cesser d’avoir honte, cesser de me remettre en cause pour tout, mais je dois me construire.

Le soir venu, quelques patients tentent de me faire parler, je divulgue peu d’informations. J’écoute, j’observe… demain sera autre.

2 Comments

  • Céline BORDES

    Bérangère,
    J’ai été une de tes remplaçante à St Vincent (CE1/GS avec la directrice). Je n’ai pas beaucoup pris de tes nouvelles comme tu le dis si justement, j’ai continué ma vie, élevé mes enfants, puis divorcé et c’est là qu’on s’est quittées, à la terrasse d’un bar sous les arcades, en 2010.
    C’est en février 2015 que ma vie a basculé comme la tienne : psychiatre, médocs, réapprendre, retravailler, chercher à comprendre. Et cette année 2020, hospitalisation volontaire comme toi après une TS. Je commence juste à retrouver un “équilibre”…
    Tes textes me parlent et résonnent en moi ! continue d’écrire que je puisse avancer à mon tour (je n’ai pas ton don pour l’écriture…) ! je t’embrasse

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *