… son retour en clinique. Séjour II

Hors de question que je devienne comme les patients rencontrés, à savoir opérer plusieurs séjours en clinique psychiatrique. Un seul suffit. Et pourtant en ce début décembre 2018, me voici, pour un deuxième séjour, seule avec mes valises, en train de m’installer dans ma nouvelle chambre individuelle. Je ne voulais pas, mais le médecin en a décidé autrement. “Une dizaine de jours simplement” m’a-t-il dit, pour me rassurer peut-être. Une chose est certaine, je ne passerais pas les fêtes de fin d’année dans ce lieu, qui m’est hostile, puisque je le connais, hélas.

Mardi 11 décembre 2018 – 20 heures

C’est de la chambre 228 que je noircis encore des lignes, assise sur mon lit. Noircir des lignes pour éclairer mon âme et/ou mon esprit. Revenir ici m’est difficile. J’en pleure et la honte m’habille encore. La force m’abandonne. Je ne sais plus que faire, comment agir, me définir dans le seul but d’aller mieux. Tout ça pour l’avoir croisé Lui, avec une femme. Ce sentiment d’avoir été trahie. Sortir de l’emprise psychologique de cet homme, construire ma vie, seule. Seule bonne nouvelle en ce jour, le docteur Q m’a certifié que j’étais “simplement” en dépression, et non atteinte d’une pathologie telle la bipolarité ou autre. Vue la psychologue. Je dois prendre confiance en moi, m’aimer, me connaître pour éviter d’attirer des personnes néfastes à mon épanouissement. Facile à dire, mais je rencontre de réelles difficultés. Je suis nue, à poil. Je ne sais plus qui je suis, et comment me vêtir. Mobiliser mon énergie pour m’occuper de ma personne, pour me reconstruire. Etre sûre de moi. Ne plus essayer de comprendre le pourquoi du (des) comportement(s) des gens.

Mat est présente, elle a les mots. Elle comprend ma détresse, mon désarroi mais me fait comprendre qu’avaler 14 comprimés n’est pas anodin, mais signe d’un mal être profond. Mais surtout que je n’ai pas le droit de mourir, et qui plus est “pour si peu”. Jeff m’a écrit. Touchée je le suis. Florian, mon fils aîné, m’a engueulée gentiment pour me dire sa colère d’être là, pour un homme qui n’en vaut pas la peine.

Envie de chialer. Envie d’une greffe de coeur en pierre. Envie de comprendre. Envie de vivre. Envie d‘avancer. Envie de dormir. Envie d’oublier. Envie de vide. Envie de tuer cette douleur indescriptible. Envie de disparaître. Envie d‘hurler. Envie de mourir.

Mercredi 12 décembre – 18 heures

Un mois, jour pour jour, je quittais ce lieu. Coucou, c’est moi, je suis de retour ! Mes problématiques n’ont pas évolué, elles n’ont pas disparu, elles sont là toujours, identiques, nichées en moi. La honte coule dans mes veines. Elle s’est installée et parcoure mes 170 cm dans tous les sens. Honte de mon geste, honte de ne pas (plus) avoir la force, honte de ne pas gérer mes émotions, honte d‘être une éponge, honte de ma (mes) faiblesse(s). Accepter qu’il faut du temps, pour tout. Accepter que Lui n’est pas celui que je croyais être. Accepter le retour ici. Accepter que j’ai besoin d’aide. Accepter que je suis malade. Accepter la durée du traitement : de une à plusieurs années.

Visite du psychiatre. Ben oui, nous sommes mercredi. Et le mercredi c’est psychiatre, psychologue, téléphone de 13 à 14 heures 30, sport le matin. J’avais oublié tout cela. Bref, traitement revu à la hausse. Antidépresseur augmenté, anxiolytique augmenté aussi. Et ben on est bien, non ? Et toujours les mêmes questions au docteur Q. Et les mêmes réponses du docteur Q. Une tentative de suicide que l’on préfère nommer TS n’est pas un geste anodin me dit-il. Je ne voulais pas me suicider, je voulais ne pas me réveiller. Dialogue impossible entre deux êtres têtus, sauf que lui a le pouvoir et le savoir. J’abdique donc.

Enfermée en psychiatrie : round 2. Ne pas se lier avec les patients. Rester au max dans la chambre. Vais-je, un jour, m’en sortir ? Je voulais simplement dormir pour ne plus penser, pour ne plus emmerder les autres, pour être en paix car marre de faire des efforts chaque jour pour au fond rester fragile et malade. Oui, je suis malade. Malade d’une dépression, rien à voir avec une déprime. Une kyrielle de questions se bouscule dans ma tête. Je voudrais une perfusion d’amnésie docteur ? Impossible me répondra-t-il. Merde.

Affronter ? Oui mais c’est difficile car je ne sais où cela va me mener. Vivre ? Oui mais où, avec qui, pour quoi, pour qui ? M’aimer ? Oui mais pour quoi, pour qui ? Etre sincère ? Oui, mais voilà je l’ai été en informant de ma prise médicamenteuse, et au final j’atterris ici. Merde encore.

J’ai perdu ma joie de vivre, mes yeux ne pétillent plus. J’ai mal dans tout le corps. J’ai mangé comme une grosse vache. Je me suis enfilé deux paquets de bonbons comme pour combler un manque, mais lequel ? Je ne sais pas. Je suis à nue, encore, et je sens un rouleau compresseur qui roule sur mon corps à faible allure. C’est super méga douloureux. Une tonne de larmes à vider, une tonne de mots d’amour et de reconnaissance à aligner. Douleur de cette souffrance qui me ronge, que je n’arrive pas à gérer, ni même à nommer. Plus aucune croyance en moi. Au fond, je ne sais qui je suis. Ecrire pour libérer mon cerveau de tout questionnement.

Finir cette journée avec un long entretien avec la psychologue. A est une femme extraordinaire et plus que compétente. Le verdict est tombé. Stop à toute communication avec Lui. Sa perversité m’est néfaste. Cette trahison me renvoie à l’abandon. L’abandon de l’enfant que j’étais. L’abandon que je vis comme la conséquence de mes erreurs. Si ma mère m’a abandonnée (psychologiquement parlant), si Lui m’a abandonnée c’est que je n’ai pas fait ce que l’on attendait de moi. Elle me dira, et argumentera ses propos, que je me trompe mais surtout que je dois absolument cesser de culpabiliser et m’aimer. Ils me font chier tous avec leur refrain “Aimez-vous Bé, vous êtes hors normes, vraiment”. Mais parait qu’après toute épreuve il y a le soleil. Je lui ai avoué que je n’avais plus l’ombre d’un sentiment (dans tous les sens du terme), que je voulais m’en sortir, que je me sentais profondément seule. C’est mon ressenti interne, profond même si j’aime mes amis, mes enfants, même si je ne suis pas seule, bien au contraire je suis entourée d’amis merveilleux et rares, et mes enfants sont présents.

Deux jours ici, déjà et à peine. Je suis dans ma chambre. Je parle que très peu avec les patients. Je continue le sport chaque jour avec Corinne et le soir dans ma chambre. Je noircis encore et encore mon carnet. Un carnet rose et bleu où l’on peut lire sur la couverture “Take a chance”, un cadeau de Jeff lors de son départ. J’en suis à je ne sais combien de cafés et de cigarettes. Visage creusé. Les sillons de mes larmes sont visibles à l’oeil nu. Prendre dix ans dans la figure en deux jours. Et la coupure d’eau chaude. Combo parfait : hospitalisation, eau froide, tronche de soixante dix ans, droguée aux médocs, à la caféine et aux clopes. Tout va bien les gars, hein. Tout cela s’annonce comme une nouvelle aventure. A suivre…

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