… sa lettre à la maladie, de sa meilleure amie – Avril 2019

Vous avez été très nombreux à venir lire les derniers articles. Nombreux aussi à me demander de publier plus régulièrement, et plus souvent. Alors, en ces temps de confinement, qui vont durer un certain temps, Bé partage sa séance du 15 avril 2019, soit un an….

Premier thème : Penser au ou à la meilleur.e ami.e de votre enfance, de votre jeunesse, ou à celui ou celle de maintenant. Racontez votre rencontre, ce que vous appréciez chez lui/elle, vos points communs et vos différences. Y a-t-il quelque chose que vous avez du mal à accepter/comprendre chez lui/elle? En quoi, au contraire, aimeriez-vous lui ressembler ?

Cela faisait quelques jours que j’errais et déambulais dans les couloirs blancs de la clinique, quelques sorties sur la passerelle pour griller quelques cigarettes, occupation principale en ce lieu. Un soir, j’osais m’approcher de ce groupe de patients qui avait pour habitude de se retrouver après le repas du soir, servi à 18 heures 30, qu’on se le dise.

Elle était là. Ses yeux magnifiquement maquillés, sa béquille bleue posée à terre, et son rire, contagieux son rire. Elle réussit du haut de ses 143 centimètres à me faire rire dans ce lieu où je me trouvais sans savoir quel(s) sens donner à ma vie, mon futur.

Mon rire l’a fait redoubler de rire, et les larmes (de joie, de rire) ont fini par couler sur nos joues : notre premier fou-rire qui en annonçait plus d’un. Ce petit bout de femme est devenue ma meilleure amie et depuis lors nous avons été baptisées DuponD et Dupont.

Elle est de ces personnes qui ont traversé les épreuves de la vie tout en gardant le sourire et l’espoir d’un demain meilleur. Jamais elle ne s’est plainte de ses douleurs qui l’habitent de la tête aux pieds. Elle sourit, cache son mal être derrière un mascara waterproof et des lèvres toujours peinturées.

Elle sait être à l’écoute, elle sait se taire, elle peut faire une heure de route pour me tenir la main quand ça ne va pas bien. Toutes deux avons le sens de l’humour, la répartie, la joie de vivre (feinte) malgré la dépression. Un parcours de vie semblable, les mêmes questions existentielles, une bienveillance réciproque, les mêmes centres d’intérêt… Elle est ma DuponD.

Pas un jour sans un appel, un texte, pas une semaine sans se voir. Nous pourrions être jumelles. Elle est mon autre. Elle est Mathilde.

Ce texte a été écrit en Avril 2019, un mois avant que Mathilde décide de rejoindre les anges. Elle aurait fêté son anniversaire voici quelques jours. Elle me manque toujours autant, mais de manière différente. Elle est l’unique.

Deuxième thème : la lettre à la maladie : “Chère…”. vous pouvez compléter avec le diagnostic qui vous a amené ici, ou alors évoquer une autre pathologie qui vous touche ou vous a touché.

Chère dépression,

Comment vas-tu aujourd’hui ? Comme chaque lundi tu as décidé de t’abattre sur moi, sans raison. A croire que c’est ton jour. Ce matin, je n’étais pas bien, et ne me demande pas pourquoi, je ne sais pas. C’est de ta faute ! Mais comme je commence à m’habituer à tes visites à l’improviste, sans que je t’y invite (impolie que tu es), et ben, j’ai quand même réussi à me lever, à me préparer pour me rendre à la clinique, et comme j’ai décidé de te faire suer, et ben j’ai pris soin de me vêtir correctement, et même de me maquiller. Et toc !

Tu me casses les pieds (pour rester polie) vraiment chère amie. Je ne peux dire que tu es mon ennemie car je dois cohabiter avec toi et les petits cachets “rose princesse”, pour t’éviter d’être trop envahissante.

Ma chère dépression, faut vraiment que l’on trouve un terrain d’entente toutes les deux. Vraiment. Je fais l’effort de prendre mon traitement, de me rendre à la clinique, de me livrer à la psychologue une semaine sur deux, et la semaine libre c’est au psychiatre que je me livre. Alors peux-tu faire l’effort de ne pas débouler comme ça sans prévenir. On n’entre pas chez les gens sans sonner à leur porte ! Tu es quelque peu impolie, et imprévisible, surtout.

Chère dépression, tu pourrais aussi me parler un peu plus afin que je puisse, à minima, comprendre ton fonctionnement, ton processus. Pourquoi devrais-je tout dire aux médecins et toi rester muette ? C’est vraiment pas du jeu.

Chère dépression, je sais que mes yeux deviennent vert d’eau quand je pleure, et que c’est joli à voir (la couleur de mes yeux, hein) mais j’adore mes yeux noisette, moi. Alors peux-tu partir en vacances en ne prenant qu’un aller simple ? C’est possible à envisager rapidement…

Chère dépression, restons amies si tu le souhaites, mais sans que nous soyons aussi unies, sans être obligées de cohabiter dans mon corps (qui m’appartient d’ailleurs). Que je puisse avoir des petites visites de déprime, ta voisine, ok, mais toi non !

Notre relation dure depuis plus de six mois et à tout te dire je ne suis pas franchement folle amoureuse de toi. Je ne te hais pas non plus, mais bon voilà hein. Puis d’ailleurs, on avait dit plus de relation stable et si fusionnelle.

Chère dépression, maintenant que nous avons fait connaissance, tels deux êtres se rencontrant en soirée, dans la rue.. avouons-nous que nous ne sommes pas fait l’un pour l’autre, Le coup de foudre n’a pas eu lieu. Je sais c’est difficile à entendre, mais tu resteras gravée en moi, et puis je te remercie d’avoir été là. Tu m’as permis de changer, de me prendre en mains, de me découvrir… Mais vois-tu, là j’en ai ras-le-bol de notre relation fusionnelle, mais instable aussi.

Ta patiente impatiente de ton départ.

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