… de son premier mois en clinique psychiatrique

Pas tout à fait un mois, mais nous y sommes presque. Quatre semaines d’hospitalisation. Quatre semaines, soit 28 jours, soit 224 médicaments ingurgités, 28 heures de sport, 12 entretiens avec le psychiatre, des litres d’encre sur mes carnets, et toujours des questions, des doutes, des pleurs, mais aussi le début de deux très belles histoires avec Mathilde, et Jeff.

Cette semaine est le départ de Thomas pour le Québec, et le retour du psychiatre qui m’a accueillie : le Docteur Q. L’un part en vacances, l’autre en revient.

Tout mon corps me brûle. Je ne sais plus. J’ai toujours honte d’être hospitalisée en clinique. Je culpabilise, je ne sais pas où je vais. J’ai peur, je tremble, je faiblis. Je suis encore en plein doutes sur ma propre personne, sur ce que je vaux, sur ce que je veux. Je n’en me sens pas prête à affronter la “vie extérieure”, je me sens faible, fragile, très fragile. Comme un sentiment de régression. Cela fait-il parti du processus des soins ?

Les larmes reviennent de temps à autre, une brûlure interne s’installe dans le haut du buste. J’ai l’impression de me consommer de l’intérieur. Je n’arrive plus à distinguer le vital du non-vital, le prioritaire du secondaire. J’ai mal en moi, perdue dans une forêt où se mêlent amour, haine, affection, boulot, regards, amitié, filiation, maternité, féminité. Bref, c’est un vrai bordel intérieur et je ne sais comment je vais m’en sortir. Je ne parle pas du temps que cela va mettre mais simplement du comment ?

Il me faudra attendre le mercredi, vêtir une petite robe noire, et me sentir mieux. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment. Peut-être le regard des curistes, de mes amis, du personnel soignant qui m’ont trouvée belle, charismatique, et ce sentiment d’avoir face à eux une réelle Bérangère. Comme si ce vêtement m’a permis d’être un peu moi. Comment une petite robe et des talons me permettent de faire une introspection et une analyse de ma personne, de ce que je suis, ce que je veux être. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup.

Thomas s’envole pour le Quebec. Il en a besoin. Il va me manquer. Cet homme est juste merveilleux. Il arrive à me faire verbaliser des choses intimes, à me poser des questions qui me font réfléchir. Il est de ces hommes que l’on ne peut qu’aimer. Du Québec, il m’appellera pour savoir comment je vais, pour me faire partager des moments de son voyage. Je ne sais comment il arrive à avancer chaque jour car pour lui, la vie n’est pas simple aussi. Quelle force, quel courage !

Sophie continue à venir, elle m’amènera aussi dimanche chez moi pour que je récupère quelques affaires, pour que je puisse prendre un petit déjeuner dans ce jardin que j’affectionne tant mais qui ne sera plus mien car il me faut vendre cet appartement. Sophie qui elle aussi sera pertinente et arrivera entre deux blagues à me faire verbaliser mes peurs, mes doutes les plus profonds.

Cette semaine, c’est aussi la semaine du retour du psychiatre. Le docteur Q comme on aime à le nommer ici, dans ces murs. Un bel homme, la quarantaine, un air peu aimable faut l’avouer. Il traîne ici une réputation d’un excellent praticien mais peu aimable et peu bavard. Je ne sais qu’en penser, je ne le connais pas. Ceci étant, tout au long de la semaine je vais m’entretenir trois fois avec lui, et désolée mais il est tout le contraire de ce que l’on a pu me dire. Cet homme est juste pertinent, direct, franc, professionnel, avec un sens de l’humour que j’affectionne, et puis surtout je ne peux lui mentir, je ne peux faire semblant avec lui, et je ne peux expliquer pourquoi. Lui demander pourquoi il me prescrit tel ou tel médicament m’importe peu, je suis là pour savoir ce qu’il se passe en moi, et si je vais m’en sortir vivante. Tel un boxeur, il m’envoie un uppercut à chacune de ses visites. Me faire réfléchir sur ma culpabilité, ma honte, sur ce que je suis et veux vraiment et qui me correspond, être en accord avec mon être et mon paraître. Il me dira même que je n’ai pas besoin de faire le show, que je dois par contre oser exprimer mes désirs. Il s’en va, et me laisse là avec toutes ses réflexions qui me font réfléchir…

Cette semaine, c’est aussi l’amitié avec Mathilde qui s’ancre chaque jour dans nos coeurs. Nous sommes inséparables, sauf pour l’activité sport où elle ne vient pas, préférant prendre son petit déjeuner tranquillement et se préparer. Nous sommes identifiées comme les DuponD et DuponT. Nous avons cette passion commune pour l’humour, pour la littérature, les mêmes goûts musicaux mais surtout des parcours de vie qui nous ont mené toutes deux dans cette structure, et nous aimons à échanger sur nos expériences, nos ressentis, nos états d’âme… Nous aimons aussi, même si c’est mal, à être un peu cinglantes avec certains curistes qui nous fatiguent par leurs plaintes continues ou leur incapacité à réfléchir, à se détendre deux minutes, ou par leurs jugements sur tous les sujets, comme pour se rendre intéressants. Nous lierons encore plus notre amitié avec l’arrivée de Jeff, ce corse que nous n’aurons de cesse d’embêter en lui parlant avec l’accent corse. Occasionnant dès lors des crises de fou-rire. Lui est content de tomber sur deux folles, comme il aime à nous appeler, et nous contentes d’avoir un pote de clinique qui est quelque peu intelligent et pas prise de tête. Nous formons un trio infernal, jamais en manque de conneries, faut se le dire. Nous nous mettrons au rami, nous perdrons des centaines d’euros à la machine à café, nous passerons des heures à échanger sur nos vies, à rire, à vivre. Chose que nous pensions impossible dans ce lieu. Et pourtant c’est dans ce lieu que nous nous sommes tous trois unis pour une belle traversée de notre thérapie.

Ce premier mois en clinique psychiatrique est un mois hors du temps, où je sens les choses se mouvoir autour de moi, où je rencontre des gens d’exception, où je renoue avec une Bérangère que je ne connaissais pas, où je découvre que les amis ne sont pas ceux que l’on croyait, où mon mari n’est plus, où je découvre une facette d’un homme que j’ai cru aimer.

Lui n’a pas de place cette semaine, Lui n’est plus l’objet de sentiments amoureux, Lui ne mérite pas mon attention, Lui n’est plus mon souci, l’objet de mes pensées. Lui a décidé de partir. Moi j’ai décidé de vivre, mais putain ça fait mal.

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