… de son mois d’octobre 2018 en clinique psy, mais pas que.

Plus d’un mois que je vis dans ce lieu original, ce lieu que je croyais réservé aux “fous”, ce lieu témoin de mes changements, ce lieu témoin de mes émotions, ce lieu que j’aime à comparer au loft story. Tout ici est amplifié, tout ici est tenu secret, tout ici me permet de me reconstruire, de naître.

J’ai peur, peur de mon avenir, peur de ma sortie, peur de moi, peur de tout. Je sais que je suis là pour un moment, mais je ne sais pas si cette hospitalisation m’aide ou si je la subis pour prendre la fuite d’une réalité que je ne veux affronter par peur. Je suis fatiguée, tout me fatigue : les rires, les discussions, manger, vivre, faire, lire, écrire… Une envie profonde de pleurer, de tout lâcher, de me foutre en l’air car je n’ai pas, plus, la force de vivre.

J’ai mal de tout, je ne peux expliquer. Mal de ce corps qui maigrit, mal de cette obsession de l’image que je renvoie, mal de mon égoïsme, mal de mon intérieur qui est en vrac, le mal de vivre. Mal d’être un poids pour Thomas, Sophie et Marylène qui viennent chaque jour. Mal du mal que je peux faire, mal du manque de communication avec l’autre. Mal de quitter cette B pour laisser place à une autre B. L’envie de tout foutre en l’air, de partir car rien n’a de sens. Ce sentiment aussi de ne pas évoluer sur ma personne mais de digérer cette annonce de rupture, cet abandon. Je résiste à l’idée de partir définitivement, garde un faible espoir de liberté.

Comme une envie d’une épaule, comme une envie de tendresse et en même temps je ne suis pas prête à cela, et je ne le serais plus jamais. Je n’ai plus confiance en ce sentiment que l’on aime à appeler “amour”. J’ai les larmes au bord des yeux. J’évite les patients. Seule Mathilde perçoit mon mal être. Seule elle devine mes doutes, mes envies de mort. Je ne mange plus, mon corps s’affaiblit mais je le maltraite en faisant du sport trois fois par jour. Je ne vois pas le bout du tunnel, j’ai mal, je suis blessée : blessure béante qui saigne, qui est hémorragique. Les points de suture ne sont pas pour de suite.

Il m’a fallu préparer l’appartement pour la vente. Sophie et Thomas sont présents. Des larmes versées : larmes de colère, de haine, de peur, de craintes. Je perds pied. Cette hospitalisation sert-elle à quelque chose ? Je suis perdue, je suis angoissée, je suis épuisée. Je dois faire face à moi-même, à mon avenir qui n’a pas de visage. Je n’ai pas les épaules pour, je n’ai plus de force. Face à moi-même, je flippe. La vie fuit mon corps. Mes idées divaguent, je ne sais plus. Je fais semblant pour cacher ma détresse, mais le docteur Q n’est pas dupe, tout comme Mathilde, tout comme Sophie et Thomas. Je ne peux leur mentir à eux. Je leur fais part de mes craintes. Et puis, cette impossibilité à écrire à ma mère. Les mots ne viennent pas, je n’arrive pas à libérer les noeuds qui se forment quand je pense à elle. Putain de vie.

Et puis, lui. Lui qui demande un divorce par texto, qui se casse un 19 septembre, se prend un appartement le 29 septembre. Lui qui prend la fuite, qui déverse de la haine à mon encontre, Lui qui me fait passer pour folle. Lui qui m’a volé mes rêves, mes valeurs. Lui qui m’a trahie par son silence. Lui qui refait sa vie avec une femme : double trahison. Lui qui ne s’occupe pas de la vente de la maison. Lui qui a pris la décision et laisse derrière lui toute la gestion. Lui à qui j’ai menti sans aucun doute. Lui qui prend maintenant la place du menteur et qui n’assume rien. Lui que j’ai cru aimer. Lui que je n’aime plus cependant. Lui qui écrit des messages haineux, violents et qui sont des propos mensongers.

Heureusement, je suis entourée et excellemment bien. Tant par ceux qui sont présents, que par ceux qui m’envoient des messages, me témoignent leur affection. Et puis, le docteur Q. Cet homme qui m’augmentera le traitement car mes nuits sont agitées, qui me dit d’avancer, qui me dit que je suis en rupture avec mon moi d’avant. Cet homme qui me dit que j’ai encore trop d’émotivité enfouie en moi. Je suis en train de me construire sur un autre modèle, ma relation à moi est difficile : je dois arriver à concilier l’image que je renvoie aux autres et ce que je suis au plus profond de mon être. Le programme est chargé, cela sera long mais il croit en ma guérison car je suis intelligente, sensée… Merci docteur, mais moi je doute.

Cependant, il me faut avancer absolument. Aucune envie de passer l’hiver dans ce lieu, aucune envie de fêter mes 46 balais ici, aucune envie d’imposer cela encore des semaines à mes amis, mes enfants. Mais voilà, partir de ce lieu est difficile et fait peur. Rentrer, se trouver un appartement, se faire à manger et organiser ses journées. Je ne reprendrais pas le travail avant longtemps, paroles de spécialistes. Et pourtant, je me dois de reprendre une vie normale, une autre vie, d’autres visions. Je me décide à postuler à l’étranger. Thomas me dit de postuler au Québec. Moi je veux partir dans des pays chauds. La psychologue s’y oppose. Je ne suis pas prête. Mais putain, je suis prête à rien donc ? Si, à vous aimer, me dira-t-on.

La honte s’estompe. J’assume d’être ici. Personne n’est à l’abri un jour de se retrouver entre ses quatre murs. Et puis malgré tout je veux croire en un avenir meilleur, je veux croire en moi.

2 Comments

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *