… de son mois de février 2019, à l’aube de février 2020

Je clôture le mois de janvier en me demandant ce qu’est la vie, quelles saveurs donner à la mienne, quelle sera ma prochaine chute. Une kyrielle de questions qui se bouscule dans mon cerveau anéanti par un traitement, léger pour les psys, lourd pour moi. Et pourtant, il me faut vivre.

Je signe mon bail un certain 1er février, date anniversaire de mon ami Thomas. Signer pour un chez moi, pour une vie qui ne sera plus la même. Je suis si heureuse d’avoir trouvé ce deux pièces où je me suis sentie bien dès les premières secondes. Un peu dans les hauteurs de Nice, un rez-de-jardin, une baignoire, des dressings partout. Suis refaite. Et pourtant, je chiale aussi. Il me faut peindre l’ancien appartement acheté avec Lui, poser le tableau électrique (engagement pris pour la vente), faire le ménage, et tout déménager, sans Lui (même ses affaires). Quitter définitivement ce lieu que je n’arrive plus à investir et paradoxe ça me pince le coeur. Heureusement les potes, les amis sont là, même Mathilde est venue pour ce week-end symbolique. Tout se fera dans la bonne humeur. Tous sont venus car au-delà de l’aide physique, eux savent qu’intérieurement je vis un tsunami d’émotions que je noie dans une bonne humeur feinte, et dans quelques bières.

Le dernier voyage de déménagement se profile. Je résiste un temps. Je trouve des excuses. Mon coeur bat fort. Les tremblements s’emparent de tout mon être. Seul Thomas comprend. Je referme la porte de cet appartement acheté, cet appartement où j’ai investi le capital légué par mon père, ma grand-mère paternelle, cet appartement où je pensais vivre des jours heureux avec Lui. Fermer la porte, verrouiller à double tour les trois serrures, et pleurer, chialer. Deux tours de clés qui assènent la véracité de cette demande en divorce, de la fin de cet amour. Ce n’est pas un au-revoir mais un adieu. Ne pas m’effondrer. Sourire. Commander des pizzas, s’arrêter pour acheter des bières et anticiper la soirée de déménagement avec eux. Sourire. Sourire. Mais s’effondrer encore et se retrouver dans les bras de Thomas pour lâcher prise.

Voici une quinzaine de jours que j’ai investi mon nouvel appartement. J’y suis bien, je l’ai aménagé à mon goût. Ma fille me dira qu’il me ressemble. Du rose, du blanc, du gris clair, des photomatons collés en forme de coeur un peu partout sur les murs, des bougies, des fleurs, des plaids chauds, des coussins… Bref de la douceur, un petit cocon rien qu’à moi. Je prends soin de mon lieu de vie, de moi. Je prends le temps. Je poursuis mes ateliers au CPJ aussi. Je continue à me battre avec les différentes administrations, je formule ma demande de congé pour longue maladie car pas prête à reprendre le travail dixit l’équipe médicale : trop fragile.

La dernière quinzaine de ce mois le plus court de l’année sera le témoin d’une amélioration de mon état, de ma persévérance à pratiquer le sport chaque jour, de ma reprise de poids, de ma garde robe qui change, de ma faculté à traiter les choses en temps et en heure, et puis en cette fin février j’arrive enfin à jeter tout ce qui me rattachait à Lui, et ce sans pleurs, sans pincement au coeur, mais avec soulagement, et surtout avec cette envie folle de vivre enfin tout en étant très à l’écoute de mes faiblesses, mais aussi de mes forces. Je commence à écrire mon histoire sur des carnets, je commence l’ébauche de mon premier roman, mais de ça je vous en parlerai plus tard.

Ce mois de février 2019 est un mois charnière. Un mois où je quitte une partie de moi, où je m’autorise enfin à être un peu moi, à vivre et à redécouvrir le sentiment de désir de l’autre, à partager un peu de temps avec le sexe opposé. Ce sexe opposé en qui je n’ai cependant plus confiance.

Ce mois de février 2018 est très symbolique, tout comme va l’être ce mois de février 2019 où je m’en vais traverser un lac gelé au Canada, et ce pour récolter des fonds pour quelques unités médicales.

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