… de son automne hors des murs de la clinique

Si vivre en clinique psy quelques semaines, quelques mois, est une expérience de vie difficile, en sortir l’est tout autant. Cela est étrange, je l’accorde. Même si je suis heureuse de retrouver une certaine liberté de mouvements. Le corps médical m’avait prévenue, je ne voulais y croire, et pourtant.

Intra muros, je râle, je veux vite sortir, fuir cette ambiance médicale. Je voudrais pouvoir me lever et me coucher quand je veux, manger à des heures choisies par moi. Je voudrais avoir le choix, cesser de passer mes finances dans le distributeur et les cigarettes, cesser cette vie imposée en communauté, ne pas être privée de mon téléphone, faire le ménage, les courses, payer mes factures.. Bref, tout ce qui constituait ma vie d’avant, mais sans lui.

Et puis, un jour, je suis dehors. Plus d’intra muros. Je pars avec mes valises, pas celles de l’arrivée. Le concept d’hospitalisation est là : j’arrive avec mes valises de douleurs, de mal être, de blessures, et je repars avec des valises de médicaments, d’espoirs et de métamorphoses, mais aussi d’angoisses.

Bref, cela fait une quinzaine de jours que je ne suis plus hospitalisée, mais je me rends chaque jour au centre psychothérapeutique de jour, vulgairement nommé CPJ. Une passerelle permettant la transition. Il m’a été imposé de participer à des ateliers sous forme de demi-journée. Ateliers d’écriture, sport, groupe objectifs, cognition, hygiène et nutrition, yoga et j’en passe. Cela m’oblige à me lever, me préparer, prendre mon scooter, et puis je peux rendre visite à Mathilde et à Jeff : sur le parking on grille des clops, sinon on passe quelques après-midi ensemble. Comme au bon vieux temps comme on aime à dire. Je leur manque, ils me manquent. Cela n’est pas recommandé par le corps médical mais que nenni ! Je partage des heures avec ma DuponD : des bulles d’oxygène, des tranches de vie que nous dégustons, et puis cela permet de ne pas être seule.

Depuis mon retour à la maison, les journées me paraissent vides, je ne sais que faire, comme si vidée, comme sans force, sans envie. Les soirs me blessent, les réveils me sont douloureux. Je suis seule, je dois ré-apprendre à me faire à manger, à suive un emploi du temps. Et puis, cet appartement : je ne m’y sens pas bien. Dormir dans ce qui a été le lit conjugal m’est impossible, alors je dors sur le canapé, attendant que les médocs fassent leur(s) effet(s). Je ne trouve pas ma place dans ce lieu. Tout me sort des yeux. La décoration n’a plus la même saveur, les meubles me semblent moches (ils l’étaient, j’avoue). Seul le jardin avec vue mer m’est serein.

Cependant il me faut ranger, trier car l’appartement a trouvé acquéreurs. Il me faut faire les travaux nécessaire, vider la cave et le garage. Tout cela je dois le faire seule, oui seule. Sans lui, lui qui est parti comme un voleur vers sa nouvelle vie, dans son studio de 18 m2 dont il n’a cesse de dire que ce n’est pas facile pour lui…Il attend quoi ? De la compassion ? Il n’en aura pas, hein ! Nos échanges ne sont que stériles. Il campe sur ses positions, ses idées. Il salit notre histoire, mais surtout ma personne par des propos d’une violence que je ne soupçonnais pas. Limite ignobles. Chacun de ses mots sont un coup de poignard dans mon âme, dans ma chair. Le corps médical finira par me demander de bloquer son numéro, son mail, de ne plus répondre. Je n’y arrive pas entièrement. Bref, il me faut maintenant me construire ma vie, mon avenir. Faire le deuil du mariage, de notre vie de couple et surtout donner une réelle définition à l’amour dans tous les sens.

Je perds la garde alternée de ma jeune fille, car je ne suis pas en mesure de m’en occuper. Chance : mes relations avec son père sont des plus saines. Il comprend, mais surtout elle comprend et chacune de ses venues à la maison (en semaine et le week-end quand même) sont des moments de retrouvailles, de partage, de rire. Et puis, Marylène est toujours là. Elle qui a eu la lourde tâche de m’amener un certain 26 septembre en clinique, elle qui veille sur moi, s’inquiète de savoir si je me nourris bien, si je suis le protocole médical. Une petite maman. Comme le sentiment que les rôles sont inversés. Et puis Thomas est toujours là, une évidence.

Je commence à appréhender mes journées au jour le jour. J’ai la force, le courage de m’obliger à… même si parfois je suis tel un automate. Je galère à lire, à avoir une activité intellectuelle soutenue. Je me pose mille et une questions, mais je n’ai plus vraiment peur de la vie, et je prends plaisir à me promener, à descendre en ville, à vivre. Mon traitement aide. Je commence à sourire, à aimer ce que je deviens (à 10% certes, mais c’est un début). Je retrouve plaisir à sortir avec les amis, je trouve la force de chercher un appartement.

Nous sommes début décembre. Mathilde et J sont retournés chez eux. Enfin, ils ne sont plus hospitalisés. Nous nous téléphonons, comme une difficulté à couper notre vie en clinique. Avec Mat, nous nous appellerons deux fois par jour minimum. Nous nous organisons pour que je puisse aller la voir, chez elle. Elle me manque, je lui manque. Son retour est difficile. Elle aussi vit la transition clinique – maison assez difficilement. Mais ne rien laisser paraître, car pour l’entourage c’est très difficile à comprendre.

Pour ce week-end, le deuxième de ce mois de décembre 2018, concert de MCSolar, soirée en ville, promenades…Bref, un week-end rempli comme je les aime, malgré la fatigue que cela engendre. Mais la perspective d’un week-end entre amis m’est agréable et me booste.

Vendredi soir direction le Palais Nikaia pour le concert de MC Solar, l’idole de mon adolescence, et j’adore son dernier album. Un chouette moment avec eux. Je suis fatiguée, un peu paumée mais je profite de chaque instant. Samedi matin, se promener dans Nice, aller faire ses courses au marché, reprendre un semblant de vie. Et puis, le rencontrer lui, lui qui m’a quittée. Le rencontrer Lui avec Elle. Elle qu’il connait depuis plus de dix ans. Ne rien laisser paraître. Sourire. Planter mes yeux dans les siens. Constater sa gêne. Constater qu’il ne sourit pas. Le voir triste. Continuer mon chemin. M’effondrer. Monter à la maison. Laisser couler les larmes sur mes joues. Et réaliser qu’il m’a menti. Se sentir trahie. Chialer. Lui envoyer des textos. Lire ses réponses. Sombrer face à son hypocrisie. Ne plus donner de sens à rien. Nous sommes le 10 décembre. Il est parti le 10 septembre. 3 mois. Lire son texto “Je n’ai pas un interrupteur on/off sur mes sentiments à ton égard”. Ne plus rien comprendre. Sombrer. Chialer. Avaler trop de médicaments. Prévenir les amis de mon geste. Vouloir dormir. Ne pas vouloir se réveiller. Ne pas vouloir mourir cependant. Que l’on me laisse tranquille. Se faire engueuler par Thomas. Décevoir Marylène. Ne pas vouloir se réveiller. Oublier. Ne plus avoir de force.

Et finir en clinique psy pour une deuxième hospitalisation. Pourquoi ? Pour l’avoir rencontré avec une autre, cette autre que je connais. Se demander pourquoi ? Et puis faire ses valises et pousser de nouveau la porte de la clinique sans en avoir le choix, car lui, le docteur Q, est un homme qui ne veut me laisser seule, et que oui, j’ai encore besoin de soins. Mais putain, quand vais-je m’en sortir sans passer le tunnel de la mort ?

Nous sommes le 11 décembre 2018, et j’ai l’impression de revenir à un certain 26 septembre. Putain de vie.

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