… de ses premiers jours d’introspection

Etre dans une clinique psychiatrique est certes une aventure, mais c’est aussi des heures à penser, à analyser, à se questionner, à tenter de comprendre, à s’interroger, des heures à échanger avec le corps médical…

Les pilules sont distribuées quatre fois par jour, des pilules pour enlever les angoisses, d’autres sont des anti-dépresseurs avec des spécificités bien particulières : ceux du matin n’ont pas le même rôle que ceux du soir. Ce rituel n’empêche pas mon cerveau de penser, n’empêche pas ma plume d’écrire, n’empêche pas l’introspection nécessaire pour tenter de comprendre. Comprendre quoi ? qui ?

En aucun il ne s’agit de comprendre ce qui m’arrive, ni de le comprendre lui. Je suis ici, pour moi, pour moi seule. Il me faut comprendre ce que je suis, qui je suis. Et si cela paraît simple, il n’en est rien. 46 années de vie gravées en moi, dans mes chairs, dans mes pores, dans mon âme, dans mon coeur, dans mon cerveau…Revenir sur ses 46 années, se souvenir du bon temps, de mon histoire, de mon parcours de vie et tenter d’analyser.

A peine cinq jours de présence, à peine deux visites du psychiatre, à peine 50 pilules avalées, à peine des dizaines d’heures de sommeil et d’errance, à peine 5 heures de sport, mais déjà les questions fusent et des réalités s’imposent.

Comprendre pourquoi ma vie n’est qu’une succession d’échecs, pourquoi je ne vais jamais jusqu’au bout, pourquoi ma mère est silencieuse, pourquoi je ne réussis rien, pourquoi j’ai honte, pourquoi je ne sais pas gérer un budget, pourquoi je ne veux plus manger, pourquoi je voudrais mourir ?? La fuite encore sûrement. Tiens, un début de réponse.

Se livrer au psychiatre, sans fard, sans faux-semblants, sans mensonge et s’effondrer en larmes. Lui demander ouvertement : Qui suis-je ? A quoi vais-je servir ? Comment m’épanouir ? Comment vivre sereinement ? Comment affronter tout cela ? Tout cela c’est la demande en divorce certes, mais c’est aussi la vente de la maison, retrouver un appartement, contacter un avocat, établir tous les documents administratifs nécessaires, oser affronter le regard et le jugement des autres, oser se regarder dans une glace, reprendre confiance… Confiance, un mot bien trop souvent utilisé sans pour autant le définir correctement. Confiance, ce que je n’ai pas en moi malgré les apparences. Confiance que je n’ai su donner à des êtres chers ou pas. Confiance : à définir.

Se réveiller chaque matin en constatant que la nuit n’a été ni rêve, ni cauchemar, comme si j’étais morte, sans âme. Mais invariablement mon réveil est sursaut : Viendra-t-on me rendre visite aujourd’hui ? Que pensent les gens ? Et lui, lui, je l’insulte intérieurement, je monologue en m’imaginant qu’il est là, face à moi… Et puis, je me rendors, comme si je ne voulais pas affronter cette nouvelle journée qui s’annonce.

Puis, les mêmes questions qui reviennent comme une ritournelle. Puis ce manque d’appétit, puis ce besoin de se doucher, de se préparer pour le sport. Ce besoin, à travers le sport, de me prouver que je suis capable de quelque chose quand même. L’activité de la chaise sera mon exutoire : je tiendrais plus de trois minutes (ce qui est pour moi un exploit). Trois minutes à l’insulter lui, à lui balancer mentalement tout ce que je ressens. Trois minutes c’est court pour tout ce que j’ai à lui dire, alors de jour en jour, je tiendrais de plus en plus à la fameuse chaise. Merci Corine !!!

Vais-je arriver à vivre ? A affronter la vie de dehors qui n’aura plus les mêmes repères et qui sera différente à jamais ? A reprendre le travail ? A retourner dans ce lieu où j’ai appris la nouvelle face à 30 têtes blondes qui n’avaient rien demandé ?

Dépression sévère réactionnelle : diagnostic posé par le psychiatre. Ok, et après ça se passe comment. Y en a pour combien de temps ? Longtemps me dira-t-il, ce cher psychiatre.

Bref, ici j’apprends en peu de temps que je suis une femme qui est capable. Capable de faire du sport tous les jours, de manger sainement, de boire zéro alcool. Capable de me regarder dans un miroir et commencer à appréhender mon corps, cette enveloppe qui a souffert et que j’ai décidé de soigner. Oui soigner l’apparence est tout aussi important que l’intérieur. Je m’y oblige, on m’y oblige. Se maquiller un brin, s’habiller normalement et non en mode pyjama, sourire un peu, respecter un rythme, des rituels qui sont en réalité une nécessite pour cadrer la vie. Ce fameux cadre auquel je veille pour mes élèves, pour qu’ils se sentent en sécurité.

Apprendre chaque jour à s’accepter, à se regarder pour contrer les mots violents reçus ces derniers jours, à s’avouer ses erreurs, ses blessures… Non la perte de mon père n’explique pas tout. Arrêter de faire semblant. L’infirmier me le dira plusieurs fois : il me faut arrêter avec mes “oui, ça va”, je peux aller lui parler quand je le souhaite. Ne plus faire semblant et être soi.

Je pense que je suis en train d’accoucher de moi-même et p***** que c’est douloureux, vraiment.

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