… de sa troisième semaine en clinique psychiatrique

Trois semaines que je suis enfermée dans cette clinique. Pas tout à fait trois semaines, deux semaines et 3 jours pour être précise. Enfermée est le juste terme : pour notre bien il est convenu qu’aucune sortie n’est autorisée avant deux semaines d’hospitalisation. Ce samedi 13 Octobre j’ai le droit, l’autorisation de sortir de 13 heures à 18 heures, si et seulement si quelqu’un vient me chercher, signe une décharge… C’est Thomas qui s’y colle.

Partir en tramway, aller boire un café place Garibaldi avec lui, Sophie et ma fille Marylène. Je suis heureuse, excitée, mais je vais vite redescendre. Le contact avec l’extérieur, avec la vraie vie m’est stressant, anxiogène même. Pire, j’ai mal à la tête, je flotte, j’ai du mal à fixer mon attention, je perds le fil des conversations, je stresse, la foule me fait tourner la tête, je ne me situe pas dans ce monde, je ne sais plus qui je suis, je fatigue vite, je tremble, j’ai du mal à faire 300 mètres, je fais tout répéter… que suis-je en train de devenir ? Ce monde là, le vrai, n’est plus pour moi. Je n’arriverais plus à l’intégrer, je me sens vraiment à part, et pourtant il n’en est rien. Je vis en autarcie depuis plus de dix jours, j’ai donc simplement un choc émotionnel, même culturel. Et puis, je culpabilise d’être un poids pour Thomas et Sophie. Je culpabilise de ne plus être celle qu’ils ont connue, et en même temps ils sont des amis, ils ne jugent pas au contraire. Lecture des horoscopes, notre passion, et fou-rire en s’en faire pipi dessus. Thomas à la lecture, Sophie aux commentaires : un pur moment de bonheur.

Le retour à la clinique ne sera que larmes, doutes, mais surtout je réalise que la guérison va être longue, très longue malgré les médicaments, malgré ma volonté…

La semaine a été particulière, une belle soupe, encore, de sentiments, d’émotions, de doutes, mais aussi de vérités. Premier rendez-vous avec la psychologue, une femme exceptionnelle. Pleurer, encore, dire la vérité, raconter son enfance, sa vie d’avant, le pourquoi de l’hospitalisation, les doutes et avouer que je ne me connais pas, que j’ai le mal de vivre. Et s’entendre dire que mes dysfonctionnements sont en partie dûs à une enfance violente psychologiquement parlant, que je ne dois plus me mentir, et surtout ne pas culpabiliser de mon enfance, et tuer la mère (symbolique, hein). Ma mère qui par ailleurs m’a envoyé un message. Je n’ai pas tout compris à ses propos, mais j’ai répondu. Maladroitement très certainement.

Pas un seul soir sans m’endormir les yeux emplis de larmes, pas une seule journée sans faire de sport, pas une seule journée sans échanger avec Thomas, pas une seule journée sans penser à Lui, pas une seule journée sans discuter avec Elle, Mathilde.

Lui avec qui les échanges ne sont que écrits, Lui qui n’a de cesse de dire que je suis folle, que je prends la fuite. Lui qui s’est construit un mur, Lui qui est un handicapé des sentiments, Lui qui pense être une victime, Lui qui veut vendre la maison à bas prix et sans mon accord, Lui que je dois ignorer, Lui qui est lâche. Plus envie de comprendre sa décision, plus aucune envie de communiquer avec lui, plus envie de le séduire, de le récupérer, plus envie de croire en ses mots qui ne sont que mensonges, pour se protéger soit-disant.

Et puis Elle. Elle, Mathilde la patiente arrivée deux jours avant moi. Elle qui est toujours maquillée et coiffée. Elle avec qui je lie chaque jour des liens d’amitié d’une intensité difficile à décrire. Notre rapprochement on le doit à un fou-rire mémorable, à des cafés et des clopes consommés à profusion, mais aussi à des échanges profonds, existentiels. Elle que j’admire. Elle a mal, douleurs physiques, de la tête au pied, et ce 24 heures sur 24. Jamais une plainte, mais des sottises, de l’humour à profusion. Elle est ici pour se sevrer de la morphine, elle doit apprendre à vivre avec ses douleurs. Et moi, je dois apprendre à vivre sans douleur. Le monde est étrange. Cette semaine va sceller notre amitié, notre complicité, nos confessions… La naissance d’une amitié forte.

Cette troisième semaine est aussi le témoin de mes retrouvailles avec Florian et Malizzia, ma jeune fille de 12 ans. J’ai la gorge nouée. Quelle image maternelle suis-je en train de leur renvoyer ? Je ne savais pas à quel point ma jeune fille pouvait être joyeuse, rigolote, vivante mais surtout elle m’impressionne par son comportement. Elle distille son humour toutes les trente secondes, discute avec quelques patients, et finit par nous faire rire, tous. Elle est pétillante, mais surtout elle aura ses mots à mon égard qui me font alors réaliser que mes enfants malgré leur silence sont là, avec moi. Ils me soutiennent, même si ils ont mal de voir leur mère sombrer ainsi.

Cette troisième semaine se clôture ce dimanche 14 Octobre. Un dimanche pas ordinaire, un dimanche où je me pose encore trop de questions, un dimanche où j’ose avouer à Mat que j’ai honte d’être ici, que je culpabilise, que je ne sais pas où je vais. J’ai peur, je tremble, la gorge me brûle. Un dimanche où nous nous confierons avec Mat, un dimanche où un nouveau patient, arrivé la veille, viendra fumer quelques cigarettes avec nous. Un dimanche 14 Octobre où nous rigolerons jusqu’à 22 heures, tous les trois : Mat, Lui et moi. Ce dimanche 14 Octobre, mais je ne le sais pas encore, où je rencontre Jeff, un homme qui marquera ma vie à jamais. Mais de cela je vous en causerai plus tard.

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