de sa première semaine en psychiatrie !!!

Dimanche 30 septembre : 5 jours que je suis ici, en clinique psychiatrique. 4 dodos déjà et en même temps à peine. La temporalité dans ce lieu est totalement différente de ma vie hors de ses murs. Il faut prendre ses repères, se reconstruire “une vie” temporaire avec des repères spatio-temporels si différents de la vraie vie.

Le petit déjeuner est servi chaque jour à 8 heures, le déjeuner à midi et le dîner à 18 heures 30, invariablement.

L’activité sportive est du lundi au vendredi, encadrée par Corinne, de 9 h30 à 11 h 30, horaires variables selon les jours et les visites du psychiatre.

Le psychiatre me rend visite le mercredi, le vendredi, et le lundi. J’en suis donc à ma deuxième consultation.

Je suis confinée tous les jours, hors week-end, de 13 heures à 14 heures 15 dans ma chambre avec interdiction formelle d’en sortir, ne serait ce que pour fumer une cigarette ou prendre un café. Seuls lundi, mercredi et vendredi j’ai le droit à mon portable dans ce créneau horaire uniquement.

Le reste du temps ? Plusieurs activités s’offrent à moi, certaines encadrées l’après-midi telles que dessiner, découper, créer, jouer au Scrabble, au baccalauréat, se faire un rami… Rien de passionnant mais ça occupe le temps, mais je m’y refuse. Je ne veux pas de tout cela, alors j’écris mes pensées, je noircis les lignes de mon carnet pour garder trace de cette expérience de vie.

Autres activités : prendre soin de mon enveloppe physique : se réconcilier avec ce corps qui a été malmené par des abus, un manque de temps, des soirées trop arrosées mais surtout abimé par ses mots à lui d’une violence inouïe, chacun de ses mots s’est incrusté dans mes pores, tels des acariens. Il me faut m’en laver, m’en débarrasser. Non je ne suis pas une grosse moche flasque.

Cependant, l’activité principale reste la machine à café. Lieu incontournable du pavillon nord. On y invite nos rares visiteurs, on y croise quelques curistes comme ils aiment à se qualifier, et puis on y cause un peu, et puis j’y renverse un café sur deux… la faute au traitement ? Je ne sais pas, mais en tout cas, cela va me donner l’occasion d’échanger quelques mots avec une patiente toute mimi, parfait sosie de Diam’s.

Autres activités, poser son postérieur dans le jardin, griller des clops, penser à sa vie, à son futur qui est synonyme de brouillard, et puis prendre ses médicaments devant les infirmiers au cas où il me prendrait l’envie de ne pas les prendre. Ces fameux médicaments qui sont reconnaissables parmi tous, je suis la seule patiente à avoir des cachets roses. De l’avis de l’infirmier, c’est parce que je suis une princesse… Princesse déchue oui sans souci.

Essayer de lire, ne pas y arriver. Lutter contre le laisser aller. Réapprendre à vivre, à se considérer en tant que personne. Oser se regarder, oser s’avouer ses erreurs. Chercher en vain mes qualités. Attendre la visite d’eux : Thomas et Sophie. Penser au futur et se poser 1 001 questions. Avoir honte d’être ici. Ne pas prévenir l’autre de mon hospitalisation. Oser avouer à d’autres l’hospitalisation. Constater que les angoisses ne sont plus. S’interroger sur les propos du psychiatre. Se demander si le traitement est fait pour m’endormir, pour oublier ou au contraire une aide pour me relever. Dormir pour oublier, pour se ressourcer. Penser à mes 46 années de vie. Se questionner sur le bienfait de continuer à vivre. S’obliger à manger, à vivre, à sourire. Bilanter cette première semaine et constater une réalité : 536 amis sur les réseaux sociaux, 5 enfants, 1 futur ex-mari et 3 personnes qui me rendent visite, 5 qui prennent de mes nouvelles dont William et Stéphane… Les amis ne sont pas ceux que l’on pense.

Et puis, au détour d’un dimanche après-midi, la rencontre. Elle, la patiente d’en face, avec ses béquilles, ses yeux divinement maquillés, son rouge à lèvre. Elle qui répond au prénom de Mathilde, mais qui souhaite que je l’appelle Mat. Elle qui tente de m’approcher malgré mon air aimable, mon visage creusé et ravagé par les pleurs et la douleur. Elle qui me fera vivre mon premier fou rire dans ce lieu incongru. Elle qui sera l’amie.

3 Comments

  • Ledda

    Tout simplement exellent
    Je suis tellement fière de toi……
    Prendre le taureau par les cornes et aller de l avant sans jamais te retourner ……
    La vie me l a appris “tu sais”
    J ai hâte de lire la suite !
    Biz

  • William

    C’est depuis la Grèce que je te lis….et pleure.
    Le courage nécessaire à ces écrits est nourri d’une dignité remarquable.
    Notre dernière rencontre date d’il y a……… 28 ans………bien avant la création de Facebook, Instagram et autre Google…..et je suis toujours ton premier fan, ton premier follower, et le premier à venir te chercher au fin fond du dark s’il le fallait.
    W.

  • B te parle

    Mon très cher W,

    Mille mercis de ce message qui fait naître en moi une chialite énorme, mais surtout qui me fait croire en la vie, en l’amitié mais surtout en la force des liens. Merci pour ce que tu es. Je suis aussi ta première fan 🙂

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