… de sa lettre à un disparu et de sa vision de l’état amoureux

Toujours dans le cadre des ateliers d’écriture, ces deux thèmes m’ont été soumis en mai 2019 par la délicieuse Céline, psychologue. Ils ont été rédigé en 2019, au début du mois de mai. Une version 2020 vous sera proposée d’ici peu, histoire de pointer les changements qui s’opèrent au fil des mois…. Et puis, je vous remercie (oui encore) de vos messages, de vos essais, réussis, d’écriture à partir des quelques thèmes proposés. Un petit concours d’ici peu pour remporter des livres.. Mais de cela, je vous en parle en fin de semaine.

Thème 1 : écrire à un(e) disparu(e)

Cher papa,

Tu es parti un certain 21 septembre, dans la nuit, de l’an 92. Je t’avais eu au téléphone quelques heures auparavant. Tu étais joyeux, et ta seule hâte : quitter cet hôpital. Bref, tu nous as laissés dans le désarroi, la tristesse, l’incompréhension, l’injustice. A peine 39 ans, tu venais de les fêter une semaine avant.

Enceinte de mon premier enfant, pas encore 20 ans, préparant mon mariage civil prévu pour le 14 novembre de la même année, auquel tu te faisais une joie de venir. Bref, je n’ai pas voulu croire en ta mort. On ne meurt pas à 39 ans, on ne meurt pas quand on est père.

Depuis ce jour, pas une seule journée sans penser à toi alors qu’au fond, nous nous connaissions que très peu. Mais, tu m’as dit un certain 15 août 1992 que j’étais le fruit d’un amour, celui de maman et toi. Cette phrase que tu m’as lancée entre l’apéro et le tournoi de pétanque m’a permis de vivre, enfin, avec une certaine légitimité. Je n’étais plus cette enfant non désirée qui avait changé le cours de la vie de deux adolescents : tu avais 19 ans et maman tout juste 17.

Le jour de ton enterrement, le village de Sospel s’est arrêté de vivre : l’enfant du pays n’était plus, parti trop tôt, trop jeune. J’ai haï cette foule de personnes venue te dire adieu. La cathédrale Saint Michel et son parvis étaient bondés de monde. Des barrières avaient même été installées pour réguler le flux humain. Leurs pleurs, leur tristesse, leurs vêtements noirs, leurs regards, tout ça étaient moches, très moches. Qui étaient-ils ?

Maman était présente, les yeux rougis, la nostalgie sûrement dans un coin d’elle, des souvenirs lui remontaient à l’esprit. Moi, j’étais évidemment présente, et au premier rang en plus. Je me persuadais que je rêvais. Mes yeux fixaient ton cercueil, choisi avec soin par ton frère (mon parrain). Intérieurement, je te suppliais de taper trois coups et de sortir de ce truc en bois couvert de fleurs, de couronnes et d’écharpes où étaient inscrits des messages dont je ne me souviens plus. Sauf un : un coussin de roses rouges avec un ruban “A papa”. Bref, la messe a duré plus d’une heure, tu n’as jamais tapé de l’intérieur pour nous demander de te sortir de là. Tu es resté muet. Tu étais mort, vraiment.

Les larmes ont redoublé quand ton cercueil est sorti de l’église, porté par je ne sais qui. Elles ont coulé le long de la procession : Cathédrale – cimetière. Ta mère pleurait tout en se demandant ce que l’on allait mangé à midi. Ta mère qui avait prévu un “serrement de mains” devant le caveau. Seule anecdote de cette journée, je ne comprenais pas pourquoi il était prévu un serment demain, j’avais prévu de rentrer à Nice moi. Il a fallu que le curé m’explique : serrement de mains. Comment ça, j’allais devoir serrer la main de toute cette foule ? Mais je ne voulais pas. Je ne les connaissais pas ces gens.

Depuis ce fameux 29 septembre où l’on t’a dit un dernier au-revoir, je n’ai plus aucune croyance en Dieu. Depuis, je ne peux croire en un Jésus, et pourtant je suis fascinée par les cathédrales, les églises. Je les visite toutes. Partout où je vais, et j’y dépose à chaque fois un cierge : pour toi.

Voici 27 ans que tu nous as quittés. 27 années où chaque jour j’ai une pensée pour toi, même plus. Il m’arrive de me demander quelle serait ma vie si tu étais encore là.

Un certain 21 septembre 2013, je me suis mariée pour la deuxième fois. Mon frère (ton fils) était de la partie tout comme Momo, ta dernière épouse, ta veuve. Nous avons eu une pensée très forte pour toi, nous n’avons rien dit, mais nous savions que tu étais là, avec nous.

Puis un 21 septembre 2018, j’ai été demandée en divorce. Je suis entrée en clinique psychiatrique. Je t’entends déjà de la-haut, en train de râler. Je voulais simplement te rejoindre, là-haut. Mais ce satané Dieu ou je ne sais qui, en a décidé autrement. A tous les coups, c’est toi qui leur a dit de ne pas m’appeler. Alors, j’apprends à vivre. Je me dois de vivre car tu n’aurais pas aimé me voir ainsi, tu n’aurais pas voulu que ta fille baisse les bras. C’est pas Bérangère ça. Ma fille est forte, ma fille est belle….Tu n’aurais pas aimé que je ne croque pas la vie, toi, Michel, mon père, l’homme gentil, croquant la vie à pleines dents. Toi qui distillait, parfois avec maladresse, le bonheur autour de toi.

Mon très cher papa, j’espère que tu n’es pas trop déçu de ce que je deviens, de ce que je suis. Je t’embrasse fort.

Cher papa, une dernière chose : veille encore sur moi, un brin, mais sans obstacle (ou des obstacles plus petits, hein), car oui je veux vivre. Et puis merci de m’avoir donné (avec maman) deux prénoms originaux. Pas toujours à assumer, mais ils sortent un tantinet de l’ordinaire…

Je t’aime fort, mon père, mon papa…. Toi, Michel.

Thème 2 : L’état amoureux

Etes-vous déjà tombé.e amoureux.se ? Que la réponse soit positive ou non, décrire ce qu’est pour vous l’état amoureux (physiquement et mentalement). Si vous l’avez déjà été, vous rappelez-vous de la première fois où vous êtes tombé.e amoureux.se ? De la dernière fois ? Quel(s) point(s) commun(s) voyez-vous entre ces deux histoires, ces deux personnes? Quelle(s) différence(s) entre le “vous” d’alors, et celui de la seconde histoire, ou de maintenant ?

Combien de fois suis-je tombée amoureuse ? Je ne saurai le dire mais je me suis toujours relevée, enfin je pense. Ca fait mal, faut pas croire. Tomber fait mal.

Cet état commence toujours par des papillons un peu partout. Un sourire niais, mes yeux virent au vert, et j’ai le sentiment d’exister. Physiquement, j’ai tendance à m’habiller avec soins (adieu jeans et baskets pour un temps), à perdre quelques kilos (trop occupée à dialoguer avec l’être aimé à en oublier de manger). Cet état me donne des forces, me fait oublier mon manque de confiance, de valeurs en moi. Mais ça c’était avant.

Ma première fois où je suis réellement tombée amoureuse : 1986 – lycée. Le beau gosse du lycée, le seul et l’unique m’avait remarquée. Me faisait la cour. Je pensais être son pote. Faut dire que j’étais plus garçon manqué que jeune fille en fleurs. Bref, il m’a fait livrer 50 roses rouges un certain mois de novembre, m’a déclaré son amour. S’en est suivie une belle et tendre histoire d’amour de 18 mois. J’en garde de doux souvenirs, la découverte du sentiment de jalousie aussi.

La dernière fois que je suis tombée amoureuse, je suis bien tombée. J’ai eu mal, vraiment. Ca m’a conduit aux portes de la clinique psy. Enfin, c’est ce que je pensais. Mais non, en fait. La dernière fois que je suis tombée amoureuse c’est en clinique psy, et à sa sortie. Le contexte ne s’y prêtait pas je vous l’accorde. Mais on ne maîtrise pas tout.

Je suis amoureuse, oui j’assume. Ce fut compliqué au début, les premiers temps. Nous avons appris à nous connaître en tentant de mettre nos pathologies de côté. Nous avons passé des heures ensemble, à discuter, à boire des cafés, à fumer des clops, à écouter de la musique. Depuis, nous vivons une tendre et belle histoire d’amour. Parfois un peu mouvementée mais ainsi va la vie. Tomber amoureuse de soi est la plus belle aventure. Alors non ce n’est pas de l’égoïsme, ce n’est pas prétentieux. Mais oui, je suis tomber amoureuse de la personne que je suis devenue même si j’ai parfois des colères après certains de mes actes, certaines de mes actions. Mais oui je m’aime.

Ces deux amours ont pour point commun de m’avoir fait exister en tant que femme et non en tant que mère, bonne à tout faire.. Elles m’ont permis, ces amours, de me voir autrement, d’apprendre à accepter l’autre et l’aimer, avec ses qualités et ses défauts. Elles ont été des moments clés dans ma vie.

A ce jour, mon état amoureux n’est plus. Je ne sais si je tomberais amoureuse. Serais-je capable d’aimer de nouveau ? En ai-je envie ? S’aimer soi est déjà un sacré boulot, alors hein.

Ma définition de l’état amoureux n’est plus le même, et puis tomber ça fait mal B…. de M…. En même temps, je ne cherche pas. Peut-être un jour de l’an xx, je rencontrerai celui qui saura raviver les papillons, les creux au ventre. Pour le moment, être en amour de mes amis, de ma famille me comble, me suffit.

2 Comments

  • Thierry

    Toujours ce plaisir de vous lire……. mais pourquoi ressortir de vieux écrits….. ? Ce confinement devrait être propice a la créativité et à l’inspiration….. C’est assez dommage de recycler de vieux textes on aimerait davantage de nouvelles choses et plus « variés »…. La B d’il y a quelques mois nous manque!!! 🙁

    • B te parle

      Bonjour Thierry,

      Merci vraiment de votre commentaire. Promis, cette semaine la Bé est de retour avec un petit journal confinement, et l’avancée de Bé, et puis n’hésitez pas. Je vous remercie chaleureusement, vraiment. Bon dimanche et bon confinement à vous.

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