… de sa Diam’s

Mathilde,

Deux ans d’absence, deux années sans toi, sans nous. J’ai eu mal, très mal. Très en colère après toi, après moi, après la terre entière mais surtout après Elle. Nous l’appellerons Elle. Elle qui n’avait pas compris combien tu l’aimais elle qui se jouait de toi, elle qui a profité de toi. Elle que tu aimais trop, mais mal aussi. Elle qui s’est refusée de, à, t’aimer parce qu’être homosexuelle ben c’est pas simple. Elle qui t’a rendu la vie difficile, si difficile qu’Elle a été l’élément déclencheur de cette absence qui perdure depuis deux ans, et ce n’est pas fini

Je sais combien était ta souffrance. Mais p’tite conne, notre souffrance elle est là depuis : journalière, sournoise, mesquine. Elle débarque comme ça, sans prévenir. Comme ton image, les souvenirs qui débarquent sans prévenir. Je n’ai pas vu ton geste venir. J’ai merdé sur ce coup-là. J’ai ressenti une douleur. Je savais mais je ne voulais pas savoir. J’ai tenté de te joindre. Et puis la nouvelle est tombée, comme ça, alors que j’étais à Berlin avec les amis, avec l’amie Virginie. Tu avais décidé d’en finir avec la vie et tu as réussi. Tout était préparé, cadré : dossier décès sur l’ordinateur, tes dernières volontés, une lettre, tu t’es allongée, tu as pris ce qu’il fallait et tu as glissé tendrement vers cet autre monde. Un monde où tes douleurs ne seront plus, ne sont plus, et où Elle ne serait plus.

Tu manques chaque jour. Pas tristement, plus tristement. Pas 24 heures sans parler de toi, sans me souvenir de toi, de nous, de nos proses, de nos discussions.

Deux ans c’est long, et si rapide. Le temps s’écoule : parfois lentement, parfois rapidement. Le temps n’efface rien. T’oublier n’est pas dans mes possibles. Ancrée en moi tu es. Ton portrait il m’a fallu le faire. Je me suis exécutée, et j’ai décidé de ne pas y mettre de verbes, car dans l’action tu n’es plus mais comme je t’aime toi.

Portrait sans verbe

Cent cinquante centimètres de douceur, de tendresse, de rondeurs. Quatre vingt kilos d’amour, d’amitié. Des heures, des soirs, des journées de débats, de confidences, de larmes, d’espoirs, de doutes, de fous-rires, de moqueries, de clopes, de cafés, de vernis à ongles. 
Mathilde, l’amie, ma DuponD, ma Diam’s, ma jumelle. 
Septembre 2018. Un regard, une connexion, LA connexion. 
Pourtant lieu insolite : clinique psychiatrique, aile nord. Sevrage de morphine pour toi, dépression sévère pour moi. 
Point commun : rupture amoureuse. Avenir : néant. Déchéances physiques, psychiques…Cerveau sur off. 
Traitement : des médocs, des visites du psy, un jardin, des gens. Toi, moi. Durée : 9 semaines et demie. Oui, oui, vraiment. Pas volontaire. 9 semaines et demi dans ce lieu pour cause de folie. 
Décembre 2018 : chacune chez soi. Adieu la psy. Pas tout à fait. Téléphone, cafés, clopes, confidences, amitié encore, toujours. Inconditionnellement nous. 
16 Mai 2019, presque 14 heures. Une seringue, trois produits, trois médocs. Plus d’appels, plus de signes de vie. Fatal le geste. Les anges et toi, Mathilde. Les vivants et moi, impossible. Et pourtant….
Deux ans déjà mais toujours là : en haut à gauche, sous mon sein, dans mon coeur. 
A jamais, pour toujours. 

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *