… de sa deuxième semaine en clinique psychiatrique

Dimanche 7 Octobre : 12 jours de présence dans ce lieu dont je ne soupçonnais l’existence voici un mois. Douze jours où j’apprends à parler au passé tout en étant dans le présent pour construire mon futur. Je ne sais plus trop : des moments de lucidité, d’analyses pertinentes et des moments de rage, de haine, de pleurs et de honte.

J’ai rarement eu cette envie de mourir. Ce qui m’en empêche : le lieu et puis ce que penseront les autres : lâcheté, manque de volonté… Je ne crois plus en rien sauf en l’amitié. Sophie et Thomas en sont les témoins vivants.

Paradoxe : je ne compte pas les jours. Je veux vivre chaque jour comme il vient, avec son lot d’angoisses, de petites joies, de petites victoires. Mais j’ai peur. Peur devant mes plateaux repas qui me font chialer, peur de ne pas m’en sortir, peur de me découvrir, peur du regard de ma famille de sang et en même temps elle ne demande pas de nouvelles cette famille de sang.

Dans ma chambre, un polaroid pris un certain 31 décembre 2017. Je ne veux plus être cette grosse mais je voudrais retrouver ce sourire, ce regard qui pétille… Je suis meurtrie mais aucune souffrance physique vraiment d’où les difficultés à mettre des mots sur mes maux. J’ai le mal à l’âme comme on peut avoir le mal de mer. Ça va, ça vient, envie de vomir mais ça ne vient pas, ça ne sort pas. C’est là, au bord de la gorge, de la glotte. Se retenir, mais les nausées arrivent, les jambes flanchent, les membres tremblent et les idées se percutent, s’amputent, se perdent et finissent par se noyer dans mon mal être.

Mes réveils sont identiques : étranges, difficiles. Dans ma tête martèlent les insultes à son encontre, à ses mots, mais aussi la colère, la peur, l’incompréhension, la douleur… Une belle soupe de sentiments et d’émotions. Quel sera mon avenir ? Comment soigner cette dépression ? Seul moyen pour évacuer, outres les petites pilules roses, le sport. Cette activité où j’arrive même à traîner un patient attachant. Il est venu m’accompagner, m’a remerciée. Malgré son âge, sa pathologie, il a effectué toute la séance, et puis j’ai gagné la chaise. L’insulter lui, le traiter de tous les noms me donne une force que je ne soupçonnais pas. Lui, n’étant pas le patient, hein !!! Le sport est ma drogue, et je me surprends à en faire le soir, seule dans ma chambre. Pratiquer cette activité sportive me fait du bien et surtout ce sentiment de laver mon corps de toutes ses impuretés accumulées au fil des années.

En douze jours, il devient plus clair dans mon esprit que je me suis menti durant des années. Il me faut apprendre à doser mes efforts, à prioriser, à aller au bout des choses, à anticiper, à gérer. Dans mon Taff, je suis capable de préparer trois mois de boulot : dois-je faire des séquences et des fiches de préparation pour ma vie ?

Mais voilà, je pleure de honte, je pleure ce que je suis. Je ne pleure pas la perte de mon mariage, mais mon manque de volonté. Je ne m’aime pas. La honte m’habite, m’habille, elle est mon sous-vêtement, mon fard, mon rouge à lèvres.

Mais voilà, j’ai des amis qui croient en moi, qui prennent de mes nouvelles, qui ne me lâchent pas, qui ne me jugent pas, et cela et ben ça fait un bien fou. Sophie, l’amie extraordinaire. Une femme qui ne baisse jamais les bras, une femme au franc parler, une femme qui peut vous débiter trois bêtises à la seconde, une femme qui malgré ses souffrances garde le smile, une femme qui me booste et qui dessine un sourire sur mes lèvres. Et puis elle ne mâche pas ses mots, et démonte toutes mes excuses, ce qui me permet d’avancer.

Et Thomas, l’ami qui vient chaque jour, même dix minutes. L’ami qui ne lâche rien, qui vit à mille à l’heure. Un homme tout aussi extraordinaire et qui m’embarque dans ses délires tout en ne mâchant pas ses mots. Il sait me dire les vérités, tout comme Sophie, pour me faire avancer tout simplement.

Je les aime profondément et avec une très grande sincérité. Vraiment. Aimer c’est quoi au fond ? Un concept, une idée… Avec eux, avec William, Stéphane, Cécile, Gyslaine, Béa, Svéta, le verbe aimer prend une toute autre signification que je découvre et qui me fait du bien, moi la blessée d’amour.

Et Lui ? Je lui en veux pour ma jeune fille âgée de 12 ans. Il est parti sans lui dire un mot. Il a pourtant partagé six années avec elle. Il est parti sans un regard, ni pour elle, ni même pour sa chienne. Que nos vies se séparent, que nos regards ne se croisent plus, qu’il aille charmer au Danemark ou encore au Laos : ses femmes qu’il n’a jamais oubliées mais qu’il a quittées, aussi. Lui, qui est enfin au courant de mon hospitalisation. Il n’est pas étonné. De nous deux, c’est moi qui doit être soignée, je suis emplie de haine, de mépris, de mensonges ose-t-il me dire. Lui, n’a ni haine, il est en paix, il veut bien être mon ami. Alf, sors de ce corps ! Je suis seule responsable pour lui. J’ai tout détruit, je suis folle, je dis tout et son contraire. Je pleure, je deviens folle. Lui est manipulateur, menteur, pervers. Il avait tout prévu, tout anticipé, il s’est servi de l’argent du ménage pour prendre son appartement. Tout cela je l’apprends non pas par lui. Trop faible pour être honnête.

Bref, douze jours ici, et un seul mot : MERCI. Merci à mes amis, merci à l’équipe soignante, à Corinne, merci à Mathilde qui au fil des jours devient une personne que j’apprécie énormément. De cela, j’en causerai plus tard. Merci à la vie, merci à ma fille Marylène qui n’a de cesse de venir me voir, de gérer l’extérieur. Et puis Merci à la vie qui veut bien de moi, même si je ne sais ce qu’elle me réserve, mais au moins je prends conscience que seule moi je peux la définir : Ma vie.

One Comment

  • Nathalie Gelati

    Be pour moi représente le nom que je donne à mon homme à mon pilier 🥰
    J’ai tout lu, la profondeur de tes mots sur tes maux sont justes sincères et tu apprends par ton écriture à te dévoiler aux autres : c’est un travail de longue haleine.
    Je te souhaite courage et affection 🤗

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