… de sa dernière semaine, de son retour dans la vraie vie

Je suis à six jours de mon départ de ce lieu qui est devenu mon repère, mon cadre de vie depuis un certain 26 septembre 2018. Ma sortie est prévue pour le lundi 12 novembre. Je suis entrée ici dévastée, honteuse, l’ombre de moi-même, sans repère et avec une seule envie : Mourir.

A ce jour, mardi 6 novembre 2018, je suis devenue une autre. Je ne me reconnais pas, plus. J’ai enfin le goût et l’envie d’être moi, avec ma folie, mon intellect, mes passions, mes faiblesses, mes qualités, ma force, ma bienveillance, et mes défauts. Presque 8 semaines de réparation, de sport, de nourriture saine, de rencontres, d’introspection, d’écriture journalière, de doutes. J’ai vu la psychologue et le psychiatre. A les écouter, j’ai bien avancé mais je dois continuer à être suivie, et c’est donc au centre de jour que je devrais me rendre chaque jour, dès ma sortie. Une kyrielle d’ateliers me sont proposés, j’ai opté pour les ateliers d’écriture, le sport, le yoga, groupe objectifs et je ne sais plus quoi. Tout cela ne me parle pas trop, mais je n’ai pas le choix d’après eux. Il me faut prendre confiance en moi absolument, continuer le travail de réparation et de construction de ma personne mais surtout de femme. Combien de discussions aurais-je avec le corps médical, avec Mathilde et Jeff à ce sujet ? Je ne me sens pas femme. Je ne sais ce qu’est être femme. J’ai été la fille d’une mère qui n’a jamais su montrer son amour, j’ai été l’épouse d’hommes, j’ai été la mère de cinq enfants, et là maintenant je suis quoi ? Je suis seule avec moi-même. Je n’ai plus de fonction dans cette société. Je ne vois pas en moi une femme, mais une mère déchue, une fille rejetée, une épouse quittée. Voilà, voilà. Il me faut apprendre à vivre avec ce nouveau statut : presque 50 ans, célibataire et vivre pour soi. Quel vaste chantier, mais je vais relever le défi car j’ai décidé de vivre.

Veille de mon départ. Dimanche 11 Novembre. Journée particulière, étrange. J’ai peur de partir, j’ai peur de retourner dans cette maison, j’ai peur d’affronter seule les jours qui vont s’écouler. Et puis, ils vont me manquer eux. Mais je vais aussi retrouver les amis restés à l’extérieur et qui ont toujours été là. Je décide de m’enfermer dans ma chambre. Je ne veux pleurer devant Mathilde, Jeff, le corps médical. Je fais mes valises. J’écris. On frappe à ma porte. J’ouvre. Mat me demande de venir avec elle dans la salle de restauration. Je la suis, j’ai pas envie. Et là, le choc. Ils sont tous là : les patients, le personnel, Thomas, Sophie, Marylène… La musique fuse, des mets sont posés sur les tables…. Des cadeaux, des petits mots d’amour. Ils ont organisé une fête pour mon départ et mon anniversaire qui est le 16. Je pleure, je chiale… Merci à eux. Des larmes d’amour, de tristesse, d’émotions. Tous ont contribué à mon avancée, à être celle que je suis devenue. Mathilde et Jeff sont émus, aussi. Je suis chamboulée. Réaliser que des liens se sont créés. Réaliser que sans eux je ne serais pas où j’en suis. Réaliser que je ne vais plus partager avec eux. Réaliser que je dois affronter la vraie vie dès demain, et j’ai peur.

Dimanche soir. Autorisation de veiller jusqu’à 23 heures exceptionnellement. Nous nous installons sous le Barnum à l’extérieur. Musique. Haribo. Discussions. Cafés. Cigarettes. Larmes. Calins. Tendresse. Déclarations. Emotions. Leur dire combien je les aime, surtout Mat et Jeff. Les écouter me donner des conseils. S’entendre dire que je suis importante dans leur vie. Oui, mais après ? Allons-nous continuer à nous voir, à partager autant ? L’avenir nous le dira, mais il est une certitude, ma DuponD sera toujours là. Nous avons créé des liens indescriptibles. Nous chialons toutes les deux. Elle est mon âme soeur, mon alter égo. Etre forte. Mais s’effondrer devant autant d’amour, même sous médicaments.

Lundi 12 novembre. 10 heures. Je sors. Pas de larmes. Dire merci au psychiatre. Dire merci à toute cette équipe. Embrasser Corine, ma coach que j’aime. Prendre ses affaires, ne pas regarder en arrière. Se retrouver dans cet appartement acheté avec l’autre. Appartement vide. Etre perdue. Faire le ménage. Téléphoner à Mathilde. Ranger les affaires de l’hôpital. Faire du sport. Se mettre en terrasse et boire un café. Et affronter cette nouvelle aventure.

Une semaine que je suis sortie, ou presque. Le temps est long, vide, creux. Je ne sais comment l’occuper. Je n’ai plus de force. Quelques démons reviennent. Angoisses de retour. Coups de blues. Je ne sais plus où j’en suis. Apprendre à vivre seule. Prendre le scooter pour aller à la clinique de jour. Se fixer des objectifs. Ne plus avoir le sens des réalités. Je ne mange pas. Perdue. Se prendre une cuite seule. Journées trop longues. Se découvrir. Tenter de croire en la vie. Définir le bonheur. Arrêter le traitement. Puis le reprendre. Ne pas se sentir bien dans cet appartement. Etre faible. Faire semblant d’aller mieux. Réveils douloureux. Etre un sac d’émotions. Mémoire défaillante. Trouver un sens à la vie, à ma vie. Ne plus y croire de nouveau. Envie de mourir, le retour. S’y refuser. Fêter ses 46 ans avec les amis, les vrais. Etre heureuse. Oublier de préparer la soirée d’anniversaire. Perdue. Sans force. Sourire pour les réseaux sociaux. Blessures béantes intérieures. L’ancienne Bérangère était plus confortable à vivre mais tellement pas elle. Accepter la grande aventure d’être moi. Nouveau défi.

8 semaines d’hospitalisation pour une dépression sévère, réactionnelle. 8 semaines où il a fallu me déshabiller entièrement, ce qui n’est pas facile pour la fille pudique que je suis. Apprendre à se vêtir avec de nouveaux vêtements. S’obliger à continuer le travail sur soi. Etre prise par des relans de nostalgie et de mélancolie. Pleurer encore des litres de larmes. Essayer de croire en un avenir meilleur malgré tout. Affronter la vraie vie. Trouver la force. Et puis s’avouer qui je suis. Lutter contre les démons. Ne plus l’aimer. Penser à lui toutefois. Le haïr. S’aimer soi. Douter de tout. Comme une envie de retourner dans cette clinique. J’y étais en sécurité. Etre perdue. Mais savoir aussi que je commence un nouveau livre de ma vie.

Introspection personnelle : je me suis menti durant des années, j’ai occulté mes blessures les plus profondes. Je n’en veux à personne. J’ai ma part de responsabilité sans aucun doute. Je ne sais quelle blessure je dois soigner en premier. Je prends conscience aussi que l’accident subi voici 6 ans m’a détruite. Je donne à voir ce que je ne suis pas. Je dois apprendre qui je suis et pour cela j’aimerai une fée qui vienne infiltrer de la confiance en moi. Qui suis-je ? Une mère défaillante, une “femme” qui se veut forte mais qui a besoin d’un mec, un vrai, une fille qui n’a pas sa place dans la famille de sang, une soeur ainée qui ne sert pas à grand chose, une enseignante qui est incapable d’enseigner à ce jour… Par contre, je sais que je suis une amie réelle, une enseignante qui a changé la vie de quelques élèves, une maman qui est aimée malgré ses défauts…

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