… de sa cinquième semaine en clinique riche, mais vraiment, en émotions

Nous sommes en 2018, dernier trimestre de cette année. L’automne est arrivée, les feuilles tombent, les arbres se mettent à nu pour mieux revivre au printemps. Un peu comme moi. Cette cinquième semaine est marquée par l’absence de Thomas, parti au Canada avec Marius. Cette cinquième semaine est marquée par une Bérangère qui renait de ses cendres. Parole de psy.

Une envie tout au long de la semaine : envie d’évacuer des litres de pleurs comme si je me devais de vider mon corps de pleurs, de peurs pour le remplir de force, de positif, d’espoir. Les crampes à l’estomac persistent, le spleen vient me rendre visite sans crier gare, je ne sais plus trop qui je suis, ce que je deviens. Une envie de rien aussi, une envie d’entendre le bruit du silence. Je me sens lourde, lasse. Et pourtant, je suis persuadée que je suis tout simplement en phase de mutation personnelle. Plus envie de mourir pour cette semaine, c’est déjà ça. Ne pas pleurer, ne pas être triste et coincer les sanglots dans la gorge. Ne rien montrer. Et puis ce sentiment de culpabilité qui ne devrait pas être : je n’éprouve plus rien pour Lui. Rien. Nada.

Il me faudra attendre la visite du Docteur Q, accompagné de la chef de clinique et de l’infirmier pour oser dire tout cela. Je lui avoue mon mieux intérieur mais mon humeur est moins festive. Je lui avoue mon envie de dire non, ma crainte du regard extérieur, mon angoisse de sortir de ce lieu, mes aveux à la psychologue. Je lui avoue mon envie d’être moi, de mon déséquilibre entre la B d’avant et celle qui se construit. Je lui balance tout cela sans prendre ma respiration, sans le regarder sinon je vais m’effondrer. Il me dira avec une sincérité touchante, avec un professionnalisme hors norme, qu’avant toute chose je n’avais absolument pas besoin de faire mon “show” pour exister, que je vais mieux, que je suis sur les bons rails, qu’il me faudra encore du temps pour renaitre de mes cendres, que je dégage quelque chose, que je vaux quelque chose, que la B qui se construit actuellement c’est du 100% sincère, et il finira par me dire “Vous savez 9% de la population est touchée annuellement par une dépression. Vous, vous soignez et vous la regardez en face votre dépression. N’ayez pas honte”. De ce jour, je me suis promis que le jour où j’irai mieux, je me ferais tatouer un phénix sur le corps : Renaître.

Cette semaine sera émotions puissance 1000. Cette semaine sera difficile pour ma sensibilité, pour mon futur, mais elle sera ce virage qui me permet d’avancer dans ma construction. Adieu le terme reconstruction. Je ne me reconstruis pas, je me construis. Les visites ont été en nombre, et surtout chargées en émotions, en déclaration d’amour. Mes deux soeurs sont venues, elles m’ont fait chialer comme jamais. Caroline, rayonnante et sublime, a pris le temps entre son boulot et son fils (mon neveu d’amour). Nous avons parlé de maman, de la famille, de notre enfance, de moi. Elle m’a émue. Puis Clémentine qui a débarqué, sans prévenir et là s’en fut trop pour moi. Je me suis effondrée, effondrée de bonheur. Deux soeurs. Mes soeurs. Qu’il est bon de les voir même si le cadre n’est pas propice, mais comme quoi les épreuves de la vie sont déclencheurs de retrouvailles.

Thierry, l’ami de l’ombre a aussi poussé les portes de la clinique, pour venir me voir, mais aussi pour que je puisse signer le mandat de vente de l’appartement, car oui j’ai mis l’appartement en vente sur un site, et c’est Thierry qui récupère le mandat de vente, car d’ici pas facile à gérer, et puis c’est pas mon boulot, et puis je ne peux m’occuper de tout. Thierry, cet ami de l’ombre vraiment. J’ai honte de me montrer ainsi mais en même temps je ne veux plus mentir.

Mes enfants ! Oui mes enfants sont venus. Mon fils ainé a pris sur lui pour venir voir sa mère dans un tel établissement. Il est accompagnée de ma dernière fille, ma princesse. Je chiale encore. Les voir m’est d’une douceur indescriptible, je peux leur dire, leur crier que je les aime, que je suis désolée mais que ce passage est inévitable. Ils me rassurent, me témoignent leur amour, leur tristesse aussi, et la difficulté pour eux de voir leur mère ainsi, mais ils sont conscients de ma force et n’ont aucun doute sur ma guérison. Ma jeune fille fera rire les patients avec son sens de l’humour et sa répartie. Mes deux autres enfants m’ont téléphoné. Ils ne peuvent venir étant loin de Nice, mais ils arrivent enfin à accepter l’hospitalisation de leur mère. Ils me soutiennent, m’envoient des ondes positives. Que c’est bon.

Et puis Jeff et Mathilde ont ensoleillés ma semaine. Lui est angoissé par son traitement alors nous multiplions les attentions pour qu’il se sente bien car pas évident d’être éloigné de sa famille. Lui qui portera sur ma personne intérieure et extérieure, un regard tel que je me sens vivre, exister. Pas de sentiments d’amour, simplement une belle histoire d’amitié, de soutien. Lui qui n’aura de cesse de me répéter que je ne dois pas me laisser détruire par un ex qui n’en vaut pas la peine, qui me dira chaque jour que je suis un bonheur joyeux. Et puis Elle, ma jumelle. Nous passerons des heures à nous peinturer les ongles, à griller des cigarettes, à discuter avec l’accent corse, à jouer au Rami, à faire des bêtises, à rire, à croire en la vie, et puis par moment nous nous mettons à l’écart et nous philosophons sur le sens réel de la vie. Nous partageons notre passé, nos ressentis, nos envies, nos vies. Elle souffre chaque jour mais elle ne dit rien. Nous nous aimons profondément, un coup de foudre amical comme il est rare. Ma jumelle, ma Dupond qui m’a toujours dit que mourir était un choix et que l’on devait respecter cela. Je ne savais pas que six mois plus tard, elle fera le choix de rejoindre les anges. Ma petite conne que j’aime et qui me manque chaque jour. Ma Mathilde d’amour, une fraise tagada que l’on veut croquer. Partie car trop de souffrances psychiques. Ma Mathilde qui depuis m’accompagne chaque jour. Mon étoile.

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