...de la (sa) vie,  A la une

… de la vielle qui ne veut pas mourir, elle veut apprendre

Née un 25 septembre en 1895, Assunta ne cessera de répéter, jusqu’au 09 juillet 1987, “La vieille ne veut pas mourir, elle veut apprendre”. Assunta, italienne, veuve dans les années 80. Assunta, mon arrière-arrière grand-mère, la grand-mère de mon père. Une femme, une italienne, une force tranquille. Elle n’en finira jamais de répéter cette phrase qu’elle tenait de je ne sais où, j’avoue.

Ce dicton a marqué mon enfance, a été un moteur durant mes années d’étude, et même à l’aube de la trentaine, période à laquelle je passais mon concours de professeur des écoles, flanquée de quatre enfants en bas-âge, et étant une mère célibataire avec enfants donc. Quatre enfants de 4 à 9 ans, l’adolescente n’était pas encore dans le game. Bref, me voilà à bosser et ce leitmotiv “La vieille ne veut pas mourir, elle veut apprendre”, qui deviendra même mon blason lors d’une cession, en deuxième année, de Portfolio professionnel.

Ne pas apprendre c’est mourir, mourir c’est ne plus apprendre. Trois ans de psychothérapie pour mettre le doigt sur cette motivation qui me ronge, qui me pousse à savoir toujours plus, à élargir le champ de mes connaissances, tout en me braquant parfois sur quelques domaines tels l’astrophysique, l’astronomie. La notion d’infini m’est insupportable, me stresse.

A l’aube de mon entrée dans la jeunesse de ma vieillesse, je réalise pleinement la puissance de cet adage. La force se puise ici, dans cette volonté d’apprendre, d’avancer, de connaître. Un processus cognitif complexe, sans cesse en mouvement. Je vous épargnerai l’explication des neurones, des axones, des lobes, du système nerveux central et périphérique ou encore même les processus de la perception. Mais oui, oui apprendre c’est déstabilisant, c’est enrichissant, c’est une remise en cause permanente de ce que l’on croit savoir, mais que l’on ne sait pas vraiment. On se persuade de savoir. Qui n’a jamais dit “Mais non, je t’assure c’est pas ça, c’est ….” et de s’épandre en savoirs savants. Mais voilà, on sait d’un point de vue, pas de tous les points de vue.

Apprendre c’est changer son angle de vue, tel un photographe qui mitraille une scène, un objet sous tous les angles. C’est mettre en danger nos connaissances acquises et indiscutables (la terre est ronde, on est d’accord). C’est enrichir notre patrimoine, c’est transmettre aussi. Or, le constat est relativement inquiétant à ce jour. Nous ne prenons plus le temps de comprendre, de changer d’angle de vue. On s’entête dans nos vérités, on réfute l’autre. Egoïsme, égocentricité ? Je n’ai pas les compétences d’y répondre, mais je suis inquiète.

Inquiète du monde que l’on va laisser à nos enfants, à nos pairs. Inquiète de ce nombrilisme, de cette folle envie de liberté qui n’est en réalité que compétitivité individuelle. Le collectif n’est plus. Inquiète de l’éducation à la compétition, inquiète de ce “tout, tout de suite, maintenant”, de ce manque d’envie d’apprendre réellement, en profondeur, de s’accorder à accepter l’autre avec ses différences, avec nos divergences mais aussi nos convergences.

Les interactions sociales sont nécessaires, indispensables à l’évolution de l’homme, à la “construction” de l’enfant. Elles sont porteuses de processus, elles sont un biais d’apprentissage qui permet de définir, voir le monde autrement. Une bonne compréhension des émotions est indispensable. Elle mènera chacun d’entre nous de meilleures interactions sociales. Cela n’est pas synonyme de vivre pour soi, que pour soi, écraser l’autre, avoir raison tout le temps et à défaut traiter l’autre d’imbécile. A quand un apprentissage de la cognition sociale, vecteur à mon sens d’un monde meilleur, d’un monde moins pire.

Ne pas juger, ne pas garder rancœur, accepter l’autre, les autres comme ils sont. A charge pour nous de les faire entrer, ou pas, dans notre sphère privée. Ne pas aimer tout le monde non plus (cela serait ingérable), mais accepter la différence, la divergence sans pour autant être injurieux, dénigrant de l’autre. Se laisser traverser par les évènements, par les rencontres. Ne pas haïr, ne pas se focaliser sur un mot dit à un moment donné, dans un espace-temps qui n’est plus. La médecine moderne n’a pas encore dévoilé ses limites. Avancer, et donc apprendre car la vielle ne veut pas mourir, elle veut apprendre. La vieille n’est pas mourante. Elle s’en va lire, avant d’entrer dans sa cinquantième année.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *