… de La marche du crabe

La marche du crabe, édition Michel Lafon, paru en ce mois de mars 2020 (le 5), est un témoignage permettant de rétablir une vérité nécessaire sous la plume d’une des victimes de la fameuse affaire du homard : Séverine Servat de Rugy, épouse de François de Rugy.

Grande lectrice je l’ai été, je le redeviens. Un petit passage à vide. Mais lire des témoignages n’est pas franchement dans mes habitudes. Ma bibliothèque peut en témoigner. Mais selon les thématiques, les auteurs, il m’est arrivé de m’empresser d’acquérir ce type de bouquin. Il en a été ainsi pour La marche du crabe. Je sais l’auteure être une femme bienveillante, honnête et maîtrisant la plume, comme j’aime. Désir donc de dévorer sa prose, non pas par voyeurisme, non pour m’inviter chez elle, mais pour comprendre, et surtout parce que l’affaire du homard m’a agacée me fâchant même avec quelques membres de mon entourage : ne jamais juger quand on ne sait pas tout, elle est ma devise, journalière. Oui, ils ont mangé du homard, et alors ??? Ma voisine se délecte de langoustes grillées sur son balcon, un pote avocat ne fréquente que les grandes tables de la côte…et donc ?

Au-delà de cette polémique nationale qui a fait les choux gras de tous les médias, je m’inquiétais quelque peu pour cette femme et son jeune fils. Comment vivaient-ils une telle déferlante de haine, de mensonges ? Comment le peuple pouvait-il, avec l’aide de “journalistes”, ressentir autant de haine ? Tout cela interrogeait la femme que je suis, qui essaie toujours de comprendre.

Bref, me voilà donc avec ce livre (obligée de le commander via internet car en rupture de stock à Nice), en ce début du mois de mars. Inconfortablement installée dans une chambre en réa pédiatrique, je m’accorde cette lecture, comme une parenthèse enchantée.

201 pages rédigées avec art. Lexique riche. Formulations de haute voltige. Vérité. Compréhension totale. Limpidité et clarté. Elégance de la plume. Grande classe. A portée de tout lecteur.

15 chapitres de vie politique, de vie de couple, de solitude, d’une vie ordinaire dévouée à la République, de trahisons amicales, d’un ado en construction victime collatérale, de coulisses de notre Institution, d’analyses, de regards portés sur le citoyen, les citoyens, de référence historiques et juridiques. 15 chapitres de droit de réponse, mais surtout de vérité saisissante qui permet aussi de mieux comprendre les obligations, le cadre de vie (non pas que matériel) d’un Président de l’Assemblée Nationale qui devient ensuite Ministre d’Etat. Deux fonctions, une même envie : être au service de la République pour le bien des citoyens. Deux fonctions médiatisées aussi.

Séverine Servat de Rugy nous invite à comprendre, à poser un autre regard sur cette affaire. Elle nous embarque dans une visite guidée des coulisses du pouvoir. Avec réserve mais sans langue de bois. Elle réussit cet exercice difficile consistant à rétablir une vérité sans charger “la mule”, sans nommer ceux qui ont oeuvré pour détruire le couple qu’elle forme avec François de Rugy.

Un témoignage poignant, instructif, éducatif, sensible. La découverte d’une femme, et non pas d’une femme de. Une femme douée pour monter des meubles Ikea, repeindre des murs. Et pourtant elle ne pourra avoir son placard Pax (comprendre le fameux dressing) pour y ranger la garde robe de 5 personnes. Des employés se chargeront de réaliser cela. Quant à la peinture : pas possible les plafonds sont hauts, et puis il y a toutes ses tapisseries. Alors bon.

Une écriture vive, intelligente, émotionnelle, objective… Un témoignage à lire sans aucun doute pour (mieux) comprendre comment nait une fausse rumeur, les dommages collatéraux et directs certes. Sous cette plume délicate on pige un peu mieux certains rouages, et surtout effectivement on ne nous dit pas tout….Il est évident qu’il est plus simple pour les médias, et plus rentable, de causer homard, sèche-cheveux et dressing (entre autres) que causer double naufrage aux Sables-d’Olonne où se rend François de Rugy, alors Ministre, pour rester une partie de la soirée auprès des survivants et des familles des victimes, et exprimer sa solidarité aux sauveteurs en mer (bénévoles de la SNSM). Faut avouer, ça fait moins rêver et ça ne fait pas vendre. Sauf que l’auteure ose ici en appuyant tous ses propos.

Ce témoignage est un hymne à l’amour : amour d’une citoyenne pour son pays, amour d’une épouse, amour d’une maman, d’une journaliste, d’une “proustienne”, d’une femme contemporaine, d’une femme de valeurs et de paroles, d’une femme droite, d’une femme. Une femme d’amour.

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