… de cette fin d’année 2018, entre clinique psy et retour à la vie

Court séjour numéro 2 en psy, mais dix jours c’est long dans ce lieu. Dix jours où je me refuse de communiquer avec les “curistes”, où je questionne le docteur Q sur mon “cas”, où je me pose encore et encore des questions existentielles, mais où j’arrive à dresser un portrait, un peu flou, de ma personne.

Le bilan de cette dizaine de jours, de l’avis du corps médical : accepter ma légitimité d’exister, vivre, et définir le bonheur. Ne pas reprendre le travail. Continuer à être suivie à l’extérieur, via le CPJ, et croire en moi. Des mots simples que nous utilisons chaque jour, et pourtant comme il est difficile de les définir et de les transformer en actions pour y accéder. Cette hospitalisation m’est bénéfique, j’avoue. Même si les patients m’agacent. Bon signe d’après l’équipe. Je m’affirme un peu, voire beaucoup. Oui, j’ai pas un air aimable, oui je suis scorpion ascendant scorpion, oui j’ai du caractère, mais putain les gars on vit en communauté, donc un peu de respect, c’est possible ?

Mes journées dans ce lieu ne sont pas des plus dynamiques mais elles permettent un réel travail sur soi, qui plus est quand je me refuse de donner à cette deuxième hospitalisation la saveur de ma première où j’ai fait des rencontres exceptionnelles, et créé des liens d’amitié. Les visites du corps médical, les séances avec A., la psychologue, sont des bulles enchantées, des moments de grâce mine de rien. Cependant, je reste impulsive, impatiente. Je voudrais que la guérison soit rapide. Je voudrais retrouver une vie sociale, sortir de ce carcan psy, vivre, sourire, m’émerveiller, et pourquoi pas aimer à nouveau. L’incompréhension a pris la place de la colère et de la haine. Les questionnements sont par contre récurrents, et souvent sans réponse. Je rêve la nuit. Des rêves complètement fous, complètement délirants et pourtant traduisant un inconscient qui s’éveille la nuit.

Penser à l’avenir m’est possible, en tout cas pas impossible, mais tout est confus. Je ne me projette pas vraiment, je ne sais pas où sont mes priorités hors trouver un appartement et déménager. L’amour dans tout ça ? Il sera pour les amis, les enfants. Et pour vous, me glissera le corps médical. Il n’est pas encore arrivé celui qui aura mon amour, si encore un jour j’y arrive. Qu’on se le dise ! Apprendre à s’aimer soi est l’objectif premier que je ne dois perdre de vue, et pourtant je prends la fuite dès lors que l’on me place face à moi. Je n’arrive plus à affronter mon image dans le miroir. Je pleure devant le miroir mais m’oblige à réaliser les exercices thérapeutiques qui me sont demandés : me regarder, me parler… Oui, je suis vraiment en psy. Imaginez-vous devant votre miroir en train de vous dévisager, de vous parler.. hein !

Mathilde est présente, chaque jour, plusieurs fois par jour. Notre amitié est réelle. Un coup de foudre amical ça existe. Nous en sommes les témoins vivants. Elle est la seule à qui j’ose tout dire, tout exprimer car je sais qu’il n’y aura aucun jugement de sa part. Je l’aime fort ma DuponD. Dès ma sortie j’irais lui rendre visite afin de fêter Noël toutes les deux. Thomas est présent aussi. Notre amitié se renforce de jour en jour. Mes enfants sont aussi présents, préparent les fêtes de fin d’année qu’ils envisagent en ma compagnie. Seule Amandine manque physiquement à l’appel, elle est toujours en Australie, mais elle me téléphone, prend de mes nouvelles, et cela m’émeut vraiment, même si au fond la honte m’habille encore.

Cette fin 2018 est douloureuse dans ce lieu. Elle est sûrement le signe d’un 2019 plus doux et différent, mais j’ai mal. Je pisse le sang intérieurement. La culpabilité ne me lâche pas. Faut dire qu’elle est installée depuis 46 ans, donc elle a pris possession de mon corps, de mon âme, et surtout ses racines sont souterraines, nombreuses, et s’entremêlent. Elles sont dans mes veines, mes articulations, mes muscles, mes os… Là est mon travail à venir : couper les racines, tuer les racines. Désherber tout cela, et rendre mon terrain motocultable pour y accueillir une nouvelle vie, une nouvelle vision, une nouvelle Bé.

Un certain 21 décembre 2018 je sors enfin de la clinique. Un certain 22 décembre 2018 je m’en vais fêter Noël avec ma DuponD. Un certain 22 décembre 2018 je le croise Lui. Je réalise que je m’apprête à fêter la fin d’année sans Lui. Un brin de nostalgie mais pas de haine. Un certain 24 décembre au matin, j’ai envie de mourir, encore. Un certain 24 décembre au soir, mes enfants me donneront, sans le savoir, la force de ne pas prendre la dose fatale. Un certain 25 décembre, je fête Noël avec ma mère dans le Var. Un certain 26 décembre, je fête Noël avec les amis. Un certain 31 décembre 2018 j’enfile ma plus belle robe à paillettes, danse jusqu’à l’aube, envoie une photo de moi à Lui pour lui montrer que je continue à vivre. Un certain 31 décembre je jette un regard sur cette année qui vient de s’écouler et je chiale. Je n’arrive pas à voir 2019, je ne veux plus croire en l’amour, tout est flou, tout est confus, mais j’ai des amis en or.

Un certain 31 décembre 2018

Un certain 31 décembre 2018, je me retourne sur cette année qui prend fin, je chiale, les émotions s’infiltrent en moi, m’enveloppent, me font perdre l’équilibre. Que sera 2019 ?

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