… de cet ami extraordinaire

S’avouer que l’on n’est plus capable de vivre, envoyer des cris, des sos, et puis attraper cette main qui se tend à vous, s’y accrocher pour ne pas sombrer, pour ne pas se noyer, pour ne pas mourir. Cette main masculine que vous avez tenue aussi, mais pas aussi longtemps. Nos doigts s’entremêlent, nos mains s’unissent, et naît une histoire d’A….mitié.

Juin 2018 : Il est là, abattu, sans envie, ne voulant plus se nourrir, ne comprenant pas la nouvelle qu’il vient d’apprendre. Je fonce chez lui avec un pack de bières et des bonbons Haribo. Je le veille. Bois les bières seule, lui ne peut rien avaler : gorge nouée, regard perdu… Pas un mot, ou très peu, mais je ne le lâche pas, je le veille. Il en sera ainsi durant trois mois, à vue de nez.

Septembre 2018 : Je suis là, abattue, sans vie, sans envie, voulant mourir, ne comprenant rien à l’annonce. Il m’accueille chez lui avec des bières et des biscuits apéritif. Il me veille. Nous buvons les bières tous les deux. Je ne comprends rien à ce qu’il m’arrive : pleurs, gorge nouée, cris de colère et de haine… Des mots j’en ai : de l’injure à la colère, du désespoir à l’incompréhension. Il ne lâche pas, me veille chaque jour. Il prendra sa moto pour m’éviter le geste fatal. Il me dira d’aller en clinique psy car je me meurs, car je n’ai plus aucun sens des réalités.

Dès lors, notre relation va s’intensifier, va prendre une valeur inestimable. Il est un homme rare. Avec ses défauts et ses qualités, mais surtout avec sa bienveillance, sa communication, son écoute active mais surtout il est de cette rareté : oser dire, oser s’exprimer sans fard, sans détour. Il partagera mes joies, mes doutes, mes colères, mes incompréhensions, mes chagrins, mes erreurs. Il aura toujours l’analyse qui me permettra soit d’avancer, soit de me faire une raison, soit de lâcher prise, même si cela m’est encore difficile sur certains points.

Notre amitié se construit entre les murs de la clinique psychiatrique, mais aussi en dehors à ma sortie. Il est celui avec qui j’ose dire, celui que je peux recevoir en pyjama, pas coiffée, voire défigurée par les litres de larmes qui ont coulées sur mon visage. Il est celui qui organisera mes 46 ans, et mes 47 ans aussi, car depuis nous sommes unis comme jamais. Cet homme, qui pourrait être mon fils, est un homme blessé, doutant de lui aussi, mais qui a une empathie non feinte, qui est capable de me dire “Bé arrêtes tes conneries. Bé continue sur cette voie. Bé ose. Bé….”

Notre relation me, nous, permets de définir l’amitié. L’amitié pure. Une sorte d’amour sans aucun doute. Oui, je l’aime et ne me cache pas de lui envoyer chaque jour “Je t’aime fort”. Une relation qui pourrait être handicapante dans ce monde actuel où une relation homme-femme sans sexe parait douteuse. Et ben non. Il est possible de se confier, de partager avec le sexe opposé et sans arrière-pensée. Pourquoi toujours voir le mal là où il n’est pas ? Comment ne pas aimer un homme qui a toutes les valeurs humaines dans son 1m85 ? Comment ne pas faire confiance à un homme qui a pour qualité première l’authenticité des actes et des paroles ? Comment ne pas être amis quand la réciprocité des valeurs est présente, quand le jugement n’est pas, préférant à cela l’analyse, la discussion, l’échange ? Pourquoi cela ne serait-il pas possible ?

L’amitié c’est cette soupe de sentiments d’amour, de confiance, de partage, d’écoute, d’aide sans rien attendre en retour, sans penser à plus tard. C’est aussi deviner à travers un simple texto que l’autre ne va pas bien. C’est capter par un regard que l’autre souffre. C’est aussi savoir se mettre en retrait parfois. C’est accepter de dire ses faiblesses, ses tortures intérieures… Bref, c’est une belle histoire que je souhaite à tout le monde de connaître, de vivre. Mais une belle amitié sincère et pure, non pas une amitié consommable comme on en connaît que trop à l’ère d’aujourd’hui.

Lui, c’est un homme qui se défonce au sport, qui aime sortir pour fêter la vie (ou pas), qui aime les gens (pas tous non plus), qui aime l’humanité, qui croit en la vie, qui souffre aussi, qui a une culture avec un empan de dingue, qui s’intéresse à tout (ou presque), qui pourrait être psy, qui est un diamant à l’état brut qui ne demande qu’à être un peu façonné, qui est capable de lâcher prise de temps à autre, qui est capable d’avouer ce qui peut paraitre inavouable, qui a ses démons aussi. Un homme entier comme il en existe que très peu.

Cet homme-là, c’est mon Thomas d’amour. C’est celui qui me traînera en février 2020 traverser un lac gelé pour la bonne cause. De cela, je vous en parlerai très vite.

Cet homme-là c’est mon âme soeur, mon évidence, mon confident, mon ami, mon frère, mon “fils”, et oui je l’aime fort. Alors, mon cher Thomas, voilà : tu es extraordinaire, tu es vivant, tu es bon, tu es unique et jamais je ne pourrais te remercier assez de ta présence à mes côtés, mais je sais que tu te fous des remerciements. Ton bonheur est de me voir heureuse, tout comme mon bonheur est de te voir heureux. Je t’embrasse très fort et à très vite pour une salade de quinoa faîte maison, ou des pommes dauphines, ou encore une virée en ville pour fêter la vie et notre amitié, ce lien sacré que très peu comprennent, mais on s’en fout, hein !

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