… de ce mars 2020 au regard de celui de 2019

Mars 2020 : traversée du lac gelé annulée pour moi, confinement imposé, découverte du service de réanimation de l’hôpital pédiatrique… Bref, rien de ce que j’avais prévu voici à peine 30 jours.

Mars 2019 : apprendre à vivre seule hors des murs de la clinique, fêter le printemps, voyager à Bruxelles. Ma vie semble se vêtir de nouveaux habits colorés.

Quatre mois dans une clinique psychiatrique où les sorties sont limitées à trois demi-journées sur 7 jours glissants, où le portable vous est autorisé 3 heures par semaine, où votre lieu de vie se limite à une chambre hostile (chance la mienne est individuelle) et un jardin commun fréquentable de 6 à 13 heures, et de 14 h 30 à 22 heures. Bref, quatre mois de confinement, non pas pour cause de Covid19 mais pour dépression sévère réactionnelle. Soit 120 jours d’enfermement, de contraintes, et pourtant ça se vit bien, on s’y habitue, en fait. Faut avouer que l’on s’occupe de vous, les médecins sont sur place, tout comme les infirmier(e)s, les aide-soignants, les femmes de ménage. On doit s’occuper simplement de soi-même, on n’a pas à gérer le quotidien. Cependant chaque sortie thérapeutique fait l’objet d’une demande, d’une autorisation que l’on se doit de signer, des horaires à respecter….

Ça c’est mon vécu du dernier trimestre 2018, et le mois de Mars 2019 a l’odeur, le goût de ma liberté de mouvements, même si cinq fois par semaine je fréquente le centre psy de jour, pour (me) structurer il parait. Bref, Mars 2019 c’est mon printemps à moi, un renouveau qui (me) permet d’avancer, de porter un autre regard. Je m’adapte à ma nouvelle vie, me construis de nouveaux repères, aménage mon chez moi, noircis des lignes et des lignes, et pars à la découverte de Bruxelles quelques jours.

Un an plus tard, je me retourne sur ces 365 jours écoulés. Mon moi (intérieur et extérieur) n’est plus le même. Ma vision de la vie, mes valeurs, mes définitions de bienveillance, d’amour sont autres. Je pensais avoir dessiné une route, un an plus tôt, à coups de réflexions, de thérapie, de rencontres, et bim c’est pas sur cette route que j’avance en Mars 2020.

Début mars 2020, annulation de ma participation à la traversée du lac gelé pour raisons médicales. J’abdique donc, avec ce sentiment affreux de ne jamais aller au bout de mes projets. Mais bon je comprends que cette fois-ci ma vie en dépend et que ce n’est pas un manque de volonté de ma part (bien au contraire). Pas grave, je m’envole quelques jours à Marrakech avec la princesse. On troque les vêtements grand froid contre les maillots, les débardeurs, les températures négatives contre des températures positives. Sept jours de découvertes : culturelles, artisanales, gastronomiques… On en prend plein les yeux, on profite, on rit..

Il faut rentrer du Maroc. Le Covid19 commence à prendre une place importante aux informations. Il s’invite en France. Pourtant on était au courant de ce que vivaient les italiens (entre autres) mais on ne voulait y croire. La peur, la psychose s’installent doucement car le virus a franchi les frontières. Le con, hein ! On ne sait que, qui, croire, que penser, que faire. Et moi, je m’en fous, mais royalement. Covid19 me saoule, il n’est pas le responsable de mes angoisses, de mes nuits blanches sur un lit accompagnant en service de réanimation soins intensifs de l’hôpital pédiatrique de ma ville.

Mi-Mars 2020 : confinement imposé à tous car oui Covid19 est bien là, invisible, vil, filou, insaisissable. Par contre il a une odeur, un goût : celui de la mort. Les rues perdent vie, certains commerces ferment par obligation. Plus le droit de se retrouver entre amis, plus le droit de boire un coup au soleil, priver de liberté, justifier nos sorties, nos déplacements…Voilà où nous en sommes. Comme un goût de “déjà vécu” pour ma part, mais dans d’autres circonstances, et sans cette angoisse qui me tenaille le corps.

Confinée entre mon domicile et l’hôpital pédiatrique, munie d’un laisser passer, je vais chaque jour tenir la main de ma princesse. Je ne mesure pas encore l’ampleur de la folie humaine qui se développe. Il me faudra attendre le retour à domicile de ma fille pour réaliser que manger des coquillettes (son plat préféré) relève du luxe, d’une course d’orientation. Réaliser que l’humain se révèle en situation de crise : ceux qui se dévoilent égoïstes, odieux, sans âme, et puis ceux qui mettent en exergue, avec modestie, leur bienveillance, leur générosité, leur sens de la solidarité, leur amour du prochain…

Ce confinement 2020 est une épreuve inscrite, gravée à jamais dans la mémoire collective. Une épreuve qui changera, ou pas, chacun d’entre nous.

Faire un parallèle avec une hospitalisation en psychiatrie peut paraître dérisoire, et pourtant que de points communs : dompter la solitude, être privé(e) de liberté, respecter des contraintes imposées, prendre du temps pour soi, se rapprocher de certain(e)s, se défaire de la consommation à outrance (sauf le pq et les pâtes), revenir à l’essentiel, savourer la substance moelle de la vie, réaliser la chance que l’on a de vivre, de respirer, avoir des coups de blues, se questionner, repenser sa vie, sa trajectoire de vie, et signer des autorisations de sorties qui doivent être justifiées.

Et puis, ce point commun qu’est le corps médical : celui qui oeuvre pour nous, pour notre bien-être. Toujours présents pour notre confort, notre vie : du médecin à la femme de ménage, du psychologue à l’aide soignant, du personnel administratif au cuisto… Merci à eux, vraiment.

Mars 2019 vs Mars 2020 : je ne sais quelle année je préfère car toutes deux m’ont permis de grandir, de faire des deuils, de me sentir vivante, mais surtout d’avancer encore et encore, toujours, pour elle en premier lieu.

Je tiens à remercier mes enfants (Florian, Amandine, Sylvain et Marylène) mais aussi, Manuel, Manon, Maureen, Virginie, Régis, Cécile, Corinne, Fafa, Laurent, Svelta, Gisèle, William, Olivia et Julien, Nicolas, Cyril, Vivi et Samir, Julien, Eric, Jonathan, Florent, Florence, Véronique, Alexia, Elodie, Estelle, Séverine, Marc Lanteri-Minet, Vanessa, Clémentine, Caroline et Christian, Marjolaine, Steeve, Mathias, Joanne, Christine, Valérie, Marianne, Lucile, Noah, Carla, Imane, Khadija, Béatrice, Caroline M, Marina, Muriel, Caroline V, Thierry, Gérald, Vincent, Stéphane, Stéphane R, Marion, Précède, Carla, Manou, Fiona et Aurélien, Khalil, Caroline O, Valentine, Sophie P, Linda, et ceux que j’oublie (mais je ne crois pas). Merci aussi à l’équipe médicale de la clinique Saint François : Florent, Céline, Dominique, Nathalie et les médecins. Merci à l’équipe de réanimation soins intensifs de Lenval, particulièrement Caroline, Véronique et Stéphanie. Et puis un grand merci à la vie, et à vous lectrices et lecteurs.

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